La guerre entre Anges et Démons a cessé récemment tandis que les Déchus pris en tenaille tentent de survivre. Mais un autre danger attend les anges qui tombent : le goût des démons pour les esclaves, distraction entre deux intrigues mortelles.
 
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 Liens profonds. [PV Rhain]

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Maître Espion
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MessageSujet: Liens profonds. [PV Rhain]   Lun 22 Mai 2017 - 0:07

Un grognement sourd et presque bestial échappa des lèvres de Nimrod alors qu’il était affalé sur sur le dossier d'une chaise en bois sombre, tout près du lit d'ébène défait, d’où émanait encore la chaleur de récents ébats. Le démon encore parfaitement nu restait immobile comme un animal satisfait en pleine somnolence malgré sa position qui pouvait sembler inconfortable.
Cet état presque second lui permettait un calme olympien alors que Rhain continuait d'encrer de plus amples détails sur la tête de dragon inachevée dans le dos qui lui était offert en toute confiance même si par moment, sous le délicat stylet en os, quelques éclats douloureux faisaient tressaillir les muscles saillants.
Jamais Nimrod, dans les siècles précédents, n'aurait pu faire preuve d'autant de patience et de sagesse, mais il fallait bien admettre que les doigts experts de son ami et amant de toujours avaient quelque chose dans leur façon d'appuyer sur sa peau, qui incitait à la sérénité malgré l’outil qui opérait en même temps.
On s’habituait aux griffes.

Mollement, le jeune seigneur démoniaque ouvrit un oeil paresseux pour contempler le décor et se concentrer sur autre chose que la pointe du stylet qui malmenait sa peau, car dans sa pseudo léthargie, il était occupé à ressentir le moindre enfoncement de la pointe de métal dans son épiderme. Un peu comme si à chaque point d’encre, il avait pu sentir chaque résistance de sa peau céder sous l'enfoncement du stylet. C’était aussi irritant qu’agréable tout en sachant que Rhain y prenait un plaisir fou et qu’il lui devait bien ça. Par moment, une sorte de décharge partait de la pointe de l'outil de l'artiste pour aller électriser ses reins dénudés en le faisant frémir sans contrôle.
D’ailleurs, lorsque l’un des frissons fut un peu trop voyant à son gôut, il grimaça et siffla comme un reptile mécontent en sentant son amant insister à un endroit plus douloureux que les autres avec un sourire en coin qu’il repéra parfaitement en jetant un regard par dessus son épaule et auquel il répondit par une moue revêche qu’il avait souvent dû lui offrir plus jeune quand son aîné s’amusait à le contrarier.

- Tu serais pas entrain de le faire exprès par hasard ?

La zone en elle même n'était plus vraiment douloureuse car à force de l’embellir et de le compléter, le seigneur démoniaque s'était habitué aux assauts de l'artiste. Seule l’insistance pour fixer la couleur, et l’application à repasser sur les détails et les traits pour les préciser finissaient par agresser la peau sensibilisée. Et quand le sculpteur de peau s'éloignait de peu de cette zone de confort pour étaler son art avec la même intensité sur une peau encore vierge, sa toile serrait les dents.
Mais elle ne se plaindrait pas car viendrait un moment où, le dragon fini, il faudrait s’attaquer à d’autres endroits du corps, que Nimrod laisserait à Rhain tout le loisir de s’approprier aveuglément, le sachant grand amateur d’arts corporels en tout genre, et amateur de la peau mate du démon qu'il tatouait.
La souffrance consentie dans la complicité n’avait jamais inquiété le jeune seigneur démoniaque.

L’immobilité semblait commencer à lui peser. Roulant des épaules pour faire comprendre à son amant qu'il en avait assez pour l'instant et détendre ses muscles restés dans la même position pendant un long moment, Nimrod se redressa un peu le temps de se dérouiller et d’attraper un verre généreusement rempli d’un alcool raffiné qu’il porta sans aucune hésitation à ses lèvres pour le déguster avec un plaisir notable.
En temps normal, il ne buvait que peu depuis qu’il s’était assagi auprès de son père, voir plus du tout en présence d’un cercle trop éloigné de celui qu’il considérait comme ses proches. Mais en présence de ce démon bien particulier, il se laissait aller à ce genre de petites dérogations aux règles mentales et à la vigilance qu’il s’était fixé. Un plaisir que lui permettait la présence de Rhain, comme de nombreux autres d’ailleurs, et ce depuis bien longtemps et au plus grand damne de deux familles qui avaient eu bien tort de les réunir, et plus encore d’avoir voulu les séparer.
Quoiqu'à présent, du côté des Rajh’khaervar, la famille c’était lui. Et hormis la réprobation silencieuse de son grand-père -il était toujours réprobateur de toute façon- il n’avait plus besoin de demander une autorisation quelconque pour se rendre à ces régulières et délicieuses retrouvailles. Pour le reste de la société, c’était autre chose. Et il ne s’en était jamais trop soucié, si ce n’est qu’être prudent le reste du temps était une de ses priorités.

Dans ses priorités actuelles, il y avait aussi une partie de la raison qui le poussait à s’être réfugié, en quelque sorte, près d’un des rares démons qui le connaissait le mieux : de son stoïcisme contrôlé jusqu’à ses plus violentes crises de colère.

- Rhain. Tu vas exécuter mon père.

Son visage ne s’était pas réellement durcit, plutôt assombri alors qu’il reprenait sagement sa place pour que l’artiste continu son oeuvre sur sa peau hâlée. Il n’en avait pas eu l’air, comme ça, mais il réfléchissait à beaucoup de choses depuis qu’il était entré dans le manoir Gharaon. plus tôt dans la journée. Lui qui n’était pas du genre à se tourmenter l’esprit sur des faits immuables surtout quand il les avait lui même provoqués et avec plaisir, une idée lui rongeait cependant l’esprit et sa présence auprès de son ami d’enfance n’était pas anodine - elle ne l’était jamais vraiment en réalité mais cette fois, c’était différent - .

- Tu sais ce qu’une partie de la Géhenne au parfum du scandale en pense… Moi aussi. On sait que ma tête n'est pas tombé devant Satan et que j'ai eu un poste prestigieux grâce à ça. Mais je ne sais pas ce que toi, tu en penses.

Ses yeux avaient pris la couleur de l’or liquide, signe qu'il était en proie à une légère mais véritable contrariété intérieure et nul doute que le démon majeur saurait le voir car il le connaissait, c'était peu de le dire, sur le bout des doigts. Il promena, l'air de rien, un regard appréciateur monté de toutes pièces sur les vêtements éparpillés au sol, traçant un chemin distinct jusqu'à l’un des buffets de la chambre. Seule une chemise griffée par endroits et un candélabre renversé indiquaient qu'ils avaient changé de direction à un moment donné.

- Le manque de paternalisme qu’on pourrait reprocher à mon père n’est pas une excuse suffisante pour risquer de perdre sa tête sur un complot fictif. Pourquoi les Enfers sont elles remplies de bouffons incapables de le comprendre… Et j'aurai même préféré attendre encore un peu avant de prendre sa place.

L’ambition ne devait pas nourrir des desseins idiots, comme elle l'avait fait pour le propre géniteur de Nimrod qui croupissait en prison en attendant que l’amant de son fils se charge de lui faire expier sa trahison envers leur souverain.
Aussi, le simple fait de penser qu'il aurait pu être aussi stupide que l'ancien chef de famille Rajh’khaervar avait le don de lui mettre les nerfs en pelote, chose qu’il gérait assez mal puisqu'en principe, l’idée qu'on pouvait se faire de lui n'avait pas grande importance.
Elle n’en aurait pas eu là aussi, s’il n'avait pas eu besoin de faire comprendre qu'il était stratège et dévoué, et non pas tordu comme son père et ses complots.

- Je ne doute pas de ta dévotion envers notre souverain et ton poste mais… Je me demande bien ce qu'il va te passer par la tête quand tu seras en face de lui, toi qui connaît plutôt personnellement ma famille.

Il pinça ses lèvres pleines pour demander avec un détachement feint qui se voulait pourtant être naturel. Enfant, il mentait mal, trop impétueux pour ce genre d'acrobatie. Puis il avait changé. Bien que devant son aîné la figure soit toujours un peu plus délicate, comme avant.

- Et j'ai évidemment une faveur à te demander.

Un rire le secoua, nerveux, sans joie.

- Pas de lui épargner quelques souffrances, non, bien sûr que non.

Jamais il ne se permettrait une telle demande et une telle interférence dans le métier de son camarade de toujours. Lui même serait totalement hermétique à ce genre de requête.

- Mais j'aimerai le voir avant. Je n'en ai pas eu le temps, le jour où la garde l’a arrêté.

Voilà, c'était mis sur le tapis mais il le fallait bien, au risque de contrarier le dessinateur appliqué, dérangé dans son art intime et malgré tout très professionnel.
En pénétrant chez lui, Nimrod avait changé plusieurs fois d’avis et si Rhain lui avait adroitement détourné les idées durant un long et agréable moment… Mais il n'était plus l'heure de se laisser distraire comme un enfant.
Ses nouvelles fonctions n'étaient pas les seules à occuper sa journée. Il héritait d'un manoir, d'un nom à redorer et il voulait savoir.
Savoir pourquoi son père, si friand de discipline avait trahi et salit tout ce que leur famille avait construit.



( Je n'aime pas choisir les titres ! Cœur !)

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MessageSujet: Re: Liens profonds. [PV Rhain]   Jeu 25 Mai 2017 - 17:12

Rhain ôta un instant sa main qui tendait la peau sous le stylet pour replacer une mèche de cheveux derrière la pointe de son oreille. Il avait attaché sa chevelure bleutée en une queue basse, comme toujours lorsqu’il devait travailler avec précision, mais les activités précédant le tatouage avaient semé le désordre dans sa coiffure dégageant d’habitude son visage, et les mèches plus courtes l’encadrant retombaient maintenant librement. Il se recoiffa sommairement en se passant la main dans les cheveux, ses yeux ne quittant pas le dessin parsemé de perles de sang. Il saisit un tissu doux enduit de lotion et épongea le motif, le linge se parant de fleurs écarlates, puis se remit à l’œuvre, penché sur le dos de son compagnon.

Sa chaise était collée à celle de son amant, leurs assises se faisant face, et il enjoignait parfois le Seigneur Démoniaque à davantage d’immobilité d’une pression de genoux contre ses cuisses. Il ne le tatouait jamais sans l’avoir épuisé au préalable, d’une façon ou d’une autre. Nimrod connaissait rarement le repos, et son corps aussi bien que son esprit devaient être canalisés pour l’inciter au calme nécessaire à leurs longues séances d’ornementation de la peau du Maître Espion. Les gestes répétitifs, la concentration du tracé, l’observation du moindre frémissement, de la moindre tension, de l’éclosion d’une goutte de sang à la surface de la peau, le parfum cuivré assaillant l’odorat du démon majeur dont le visage était si proche qu’il n’aurait eu qu’à se pencher un peu plus pour la cueillir du bout de la langue, autant de détails ancrés dans leur rituel vieux de plusieurs siècles, et qui ne s’était suspendu qu’à une occasion : lorsque le patriarche Gharaon avait ordonné à Rhain de rejoindre l’armée et de participer aux grandes batailles pour compléter son éducation. S’il lui était toujours possible de rejoindre Nimrod lorsque sa légion était confinée au camp proche de la Géhenne, il n’en avait pas été de même lorsqu’il avait dû partir pour les champs de bataille. Cette période de séparation, loin de distendre leurs liens, les avait renforcés. Comme chaque épreuve à laquelle leur relation anathème avait été confrontée depuis leur enfance. Il aurait été difficile à un observateur extérieur de comprendre la nature entêtée de cette fusion, de cette complémentarité de deux tempéraments pouvant paraître opposés, mais dont le cœur battait à l’unisson d’un même instinct animal, violent, primitif, libéré des carcans rationnels de la société démoniaque, trouvant enfin son expression et son reflet dans l’autre.

Rhain passait et repassait le contour d’une écaille à la limite de l’omoplate, sentant la tension se construire, durcir les muscles sous ses doigts, avec une satisfaction proche du désir, un sourire naissant à la commissure de ses lèvres. La résistance de son cadet finit par céder et Nimrod lui manifesta sa réprobation, tournant la tête vers lui.


“Bien sûr que oui.”, confirma-t-il avec une candeur feinte.

Il essuya de nouveau le dessin, effaçant l’excès d’encre et de sang en traînées rouges et noires. C’était le signal pour le Seigneur Démoniaque de saisir cette opportunité s’il avait besoin d’une pause, et ce dernier ne se fit pas prier. L'Exécuteur en profita pour se renverser en arrière sur sa chaise, étirant son dos et ses bras, ses griffes tintant au bout de ses doigts. A un client venu pour un tatouage, il aurait pu faire remarquer que la consommation d’alcool n’était pas l’idée la plus brillante en terme de gestion du seuil de douleur et de saignements. Non pas qu’il y soit opposé, au contraire. Cela demandait juste plus de temps, et obligeait à repasser le motif par la suite.


“Et toi, tu n’aurais pas quelque chose à me dire, “par hasard” ?”

Rhain observa son amant alors qu’il faisait quelques pas dans la chambre, son verre à la main. Il resserra sans y penser le lien dans ses cheveux, redisciplinant les mèches folles, et attendit que le Seigneur démoniaque s’installe de nouveau entre ses jambes. Il était coutumier de l’intensité de son cadet, et il savait aussi ne pas le brusquer, lui laisser le temps d’organiser le milliard de pensées qu’il avait à la seconde. Il en profita pour vérifier ses encres, imbiber de lotion un tissu propre, inspecter la pointe de son stylet. Il avait attendu depuis longtemps la question de son amant. Depuis le jour où son père avait atterri dans ses cellules.

“C’est l’ordre qui m’a été donné par notre Souverain.”, acquiesça-t-il en se remettant à l’œuvre, inclinant la tête de Nimrod d’une légère pression sur la nuque.

Par touches plus légères, il ajouta de l’ombrage à l’écaille dont il avait tracé le contour, sans se laisser perturber par l’interrogation du brun. Bien sûr, il avait eu vent de ce qui se disait plus ou moins ouvertement, même si les murmures concernant Nimrod avaient tendance à se taire à son approche. Et il était bien placé pour reconnaître la capacité de son amant à faire fi de l’opinion des autres. Mais les implications de ces rumeurs allaient au-delà des aléas d’une mauvaise réputation. Elles pouvaient signifier la mort. Quand sa voix s’éleva, elle était presque détachée.


“Lou, je n’ai pas besoin d’en “penser” quelque chose. Je SAIS.”

Rhain avait toujours préféré le deuxième prénom de Nimrod, et il se souvenait de la distraction de son cadet, de son agacement même, quand il avait tenté de lui en expliquer la signification peu de temps après leur première rencontre, alors que le jeune Seigneur Démoniaque n’aspirait qu’à l'entraîner dans une escapade aventureuse à travers la ville basse.
Lugos. La lumière qui guide la création, restaure l’ordre et combat l’oppression. Si le patriarche avait certainement eu d’autres desseins en tête en donnant ce prénom à son premier né, l’ironie du sort qui avait mené son fils à déjouer son complot et causer sa perte n’échappait pas à l'Exécuteur.


“Je sais que ta loyauté va en premier lieu à notre Souverain. Et c’est tout ce qui importe.”

Il reposa un instant son stylet sur la tablette à proximité, nettoya une fois de plus la zone encrée, et contempla la progression du jour. Il n’avait pas encore atteint le niveau de détail souhaité, et il devait prolonger la crinière.

“Tu es prêt à être un meilleur chef de famille que ton père. Tu l’as été depuis le jour où il a décidé de trahir notre royaume.”

Il fit glisser légèrement les griffes de sa main gauche à la limite de la zone de peau enflammée, tirant un long frisson à son amant.

“Alors ne te soucie pas plus des ragots des jaloux et des inquiets que tu n’y accordes d’importance d’habitude. Certains d’entre eux sentiront certainement mon souffle sur leur nuque très prochainement, avec les répercussions de l’enquête.”

Il déposa un baiser suivi d’une légère morsure sur celle du Seigneur Démoniaque, avant de se détendre contre le dossier de sa chaise, étirant ses bras le long de son corps, laissant rouler sa tête vers l’arrière pour soulager son cou. Il resta dans cette position, fixant le plafond alors qu’il s’apprêtait à répondre une nouvelle fois à son cadet.

“Ce qui va me passer par la tête…”, répéta-t-il, pensivement.

Bien sûr, Nimrod pouvait  s’imaginer que Rhain en profiterait pour faire payer les siècles d’humiliations et de punitions qu’ils avaient tous deux subis. Et si son amant avait ragé, hurlé, et lui avait souvent confié aussi bien avec les mots qu’avec les poings ce que son père avait pu lui faire endurer quand ils se retrouvaient, Rhain s’était abstenu d’alimenter sa hargne en lui faisant part de ses propres déconvenues lorsqu’il le pouvait. Parce qu’il savait que son ami en souffrirait davantage que lui. Et lui mentir, même pour l’épargner, lui avait été plus désagréable que les traitements auxquels il avait pu être soumis pour l’inciter à ne plus le revoir.

Certes, il repenserait peut-être à certaines scènes de son adolescence quand ses mains et ses lames se poseraient l’accusé. Comme la sensation de son épaule se disloquant, son visage écrasé contre la table jusqu’à ce que le sang s’écoule de son nez, sa chair écorchée et meurtrie sur les os saillants de son bassin à force de râper contre le bord aigu du meuble sous les coups de boutoir du Seigneur Démoniaque venu lui apprendre à rester à sa place, avec l’assentiment de son père les observant d’un regard froid. Il avait soutenu ce regard. Il n’avait pas crié. Il ne se serait pas débattu, même si le Seigneur ne l’avait pas maintenu en lui agrippant les cheveux d’une main et en lui tordant le bras jusqu’à le lui démettre. Et quand le Père de Nimrod avait fini de se vider en lui et s’était retiré en le relâchant, il avait attendu l’ordre de son père pour se rhabiller et regagner sa chambre, se remettant l’épaule en place contre un mur, comme il le lui avait appris, avant de nettoyer le foutre et le sang lui maculant les cuisses. Et dès le lendemain, il avait retrouvé son ami dans un de leurs repaires secrets, lui souriant en lui racontant la mission imaginaire au cours de laquelle il avait récolté ses bleus, ses bosses et ses courbatures. Définitivement, lui mentir avait toujours été la partie la plus désagréable. Et il pouvait à présent s’en abstenir.


“Rien que la volonté d’exécuter parfaitement ma tâche, comme toujours. Et la nature de son crime sera la seule motivation de mon zèle.”

Rhain se pencha à nouveau sur son œuvre, reprenant son instrument et trempant la pointe dans l’encre. Il haussa un sourcil interrogatif quand Nimrod confia avoir une requête à exprimer, sans suspendre ses gestes.

“Quel genre de faveur ? Désires-tu que je te ramène un souvenir ou… est-ce que cela a à voir avec la procédure que je vais employer ?”

S’il savait son compagnon aussi impitoyable que lui dans l’exercice de ses fonctions, il redoutait aussi parfois les excès de sa nature facile à s’emporter, et ce qui touchait au Père de Nimrod était du domaine du passionnel, comme la haine que le jeune Seigneur Démoniaque avait pu porter à son géniteur. La demande de son amant ne le rassura pas, mais il continua à encrer la peau mate sans se troubler.

“Je ne peux pas accéder à ta requête. Si tu désires lui communiquer un message, je m’en chargerai. Si tu as des questions à lui poser, je lui transmettrai tes demandes. Crois bien que je serai très exhaustif sur toutes les interrogations encore en suspens. Mais je ne peux pas te laisser l’approcher.”

Le sang et l’encre se mêlèrent à nouveau sur le tissu.

“Il t’a fait suffisamment de mal. Et tout contact avec lui ne fera que nourrir les accusations à ton égard. D’autant plus si je suis celui qui a permis ce contact.”

Rhain savait que ses propos, aussi raisonnables soient-ils, ne trouveraient pas une oreille accueillante. Nimrod était rarement raisonnable quand il avait une idée en tête. Nimrod n’aimait pas qu’on lui dise non. C’était un mot qu’il avait trop souvent entendu dans son enfance, jusqu’à y devenir allergique. Mais puisqu’ils étaient déjà arrivés en terrain dangereux, le Démon Majeur en profita pour lui exposer également ses pensées relatives à l’exécution.

“D’ailleurs, il serait sans doute préférable que nous ne nous affichions pas ensemble le temps que cette affaire soit réglée. Pour relâcher un peu la pression sur toi, le temps que tu réorganises tes affaires. Tu peux même pester et m’invectiver en public, si ça te fait du bien et que ça contente les masses. Tu as toujours été très créatif pour ça en privé.”, ajouta-t-il avec un demi-sourire en écartant le stylet du dos de Nimrod, par précaution.

Il aurait été dommage de briser l’harmonie du placement par une moustache folle dissimulant un trait involontaire.

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MessageSujet: Re: Liens profonds. [PV Rhain]   Mar 30 Mai 2017 - 23:38


Nimrod avait discrètement grimacé à la question de son amant, nouvelle et énième détail prouvant que celui ci savait lire en lui plus que de raison et qu’il était capable de le mettre à nu par d’autres moyens et pas uniquement à coups de griffes dans sa chemise neuve. Depuis combien de temps attendait-il la question fatidique ? Probablement depuis le début alors même que le seigneur démoniaque n’était pas encore capable d’aborder le sujet de manière détachée, ou un temps soit peu plus calme. Avant même peut être qu’il n’ait réalisé la situation si particulière qui se résumait en une phrase pourtant simple : son ami de toujours allait exécuter son géniteur pour trahison. Et depuis tout ce temps, Rhain avait attendu sur son compagnon soit prêt à lui en parler et réalise seul ce à quoi il allait devoir faire face.
Pour ça, le cadet du duo infernal était reconnaissant et admiratif à la foi mais rien n’avait pu l’empêcher de grincer des dents malgré tout.

Le calme de Rhain sembla le rassurer un peu cependant, sans pour autant le détendre car ce genre de sensation parfois communicative ne fonctionnait que rarement sur Nimrod, et permit aux deux amants de reprendre leur activité alors que l’aîné Rajh’khaervar reprenait sagement et paresseusement sa place. Et malgré le sujet sensible, il s’autorisa un sourire quand son second prénom passa affectueusement les lèvres du démon majeur replongé dans sa tâche ardue, passionnée et passionnante.
Le seigneur démoniaque n’avait jamais cherché à comprendre pourquoi son aîné s’était attaché à ce prénom, et ce depuis les premiers jours où il lui avait été confié lorsqu’ils étaient encore tout jeunes. C’était venu naturellement, et il devait être le seul à préférer et à utiliser ce patronyme jusqu’à l’avoir suffisamment adopté pour y attribuer un surnom intime. “Lou” l’avait accepté sans rechigner, à force de l’entendre sur tous les tons, du plus sensuel au plus grondant, ayant rapidement compris que Rhain n’en démordrait jamais.

Rattrapant sa concentration indisciplinée qui s’était éparpillée pour gambader dans la Ville Basse avec deux jeunes démons et de vieux souvenirs, Nimrod gronda sous l’ombrage de l’écaille qui posait visiblement quelques difficultés, puis se délia de nouveau les épaules quand son amant recula de nouveau pour se détendre à son tour.

- Tu sais qu’on nous reproche notre confiance aveugle l’un envers l’autre depuis toujours., et à cette pensée le jeune seigneur démoniaque eu un sourire mauvais probablement destiné à toute leur société dans sa globalité. Mais je savais que tu serais de mon côté. Tu connais aussi bien que moi le personnage qu’était mon père. Et tu me connais moi.

Il savait qu'il était inutile de se justifier auprès de Rhain avec ce genre d'arguments.
Un grognement de plaisir échappa sans pudeur au démon sous les lèvres et les dents de son compagnon, avant qu’il ne profite que l’artiste ait reculé un peu pour se tourner légèrement et le contempler du coin de l’oeil avec discrétion, non sans une attention particulière, à la recherche de tout ce que les mots ne lui révéleraient pas.
Il attendait beaucoup de la réponse de son aîné, sur ce qu’il ressentirait une fois la vie de leur tourmenteur entre ses mains, et ce malgré que l’occasion se présente dans le cadre d’une mission tout à fait officielle. Probablement à cause d’un nouveau besoin de décharger la rancœur qu’il avait à l’encontre de son géniteur depuis toujours, ranimée par sa trahison, comme un brasier qu’on ré-alimentait avant qu’il n’ait pu montrer les prémices de quelques braises.

Pourtant, rien de ce que le cadet de l’Exécuteur Suprême attendait ne lui parvint aux oreilles malgré les quelques instants pris par ce dernier pour réfléchir et répondre. Rien ne vint, en réalité.
A l'inverse, sa réaction ne se fit pas attendre, et le visage devenu plus fermé, à la peau hâlée, se contracta d’un froncement de sourcils annonçant le début d’un mécontentement prévisible mais que le Maître Espion semblait vouloir contenir encore un peu puisqu’il avait autre chose à demander ensuite. Il avait alors serré les dents, et repris sa place comme si de rien n’était, mais il n’était pas difficile pour un habitué comme Rhain, de le sentir commencer à bouillir. C’était infime, comme un orage encore lointain auquel on pouvait encore échapper.

Puis ce fut le premier éclair au refus immédiat de la part de son aîné, qui laissa le jeune seigneur démoniaque sans hébété, comme assommé.

- Je ne suis pas sûr d’avoir bien entendu… Est ce que par hasard… Rhain, tu m’aurais dit non ?

Nimrod avait tant attendu pour poser sa question. Une question qui lui tenait à cœur, pire encore, qui le prenait aux tripes comme si un étaux les maintenaient fermement pour se resserrer chaque jour qui se rapprochait un peu plus de celui de l’exécution, mais qui malgré tout nourrissait sa fougue et la flamme qui s’alluma dans ses yeux alors qu’il foudroyait un meuble du regard faute d’être face à Rhain.
Ce refus l’avait presque rendu sourd à toute justification ou explication de la part du démon majeur, comme si le sang battait trop fort à ses tempes pour étouffer le son de sa voix et de ses pitoyables mises en gardes. Dommage qu’il ait été prononcé en tout début de monologue, songea l’esprit railleur d’un jeune démon en colère. Ses doigts s’étaient serrés sur le verre pour garder sa langue bien sage et sa mâchoire crispée le temps de laisser Rhain… Finir. En rajouter. Et c’était fort long.
C’était trop.

- Je. Veux. Le. Voir. Rhain !

Il avait découpé chaque mot pour bien se faire entendre et comprendre. Le verre explosa entre ses doigts au même moment que la très légère barrière qu’il avait fait le vague effort de mettre par considération pour un être qui lui était cher. Sa main se mit à saigner mais il n’y accorda aucune importance, d’ailleurs il l’éloigna rapidement avant que l’artiste si attaché à sa peau s’en mêle en sifflant rageusement.

- N’y touche pas. Nous discutons.

L’heure n’était plus à revoir deux jeunes démons se cacher de leurs familles.
Nimrod s’était levé, d’en un grand mouvement de bras pour dissuader son aîné de le retenir d’une quelconque manière que ce soit, renversant sa chaise au passage pour le simple plaisir de malmener un objet.

- Il y a bien longtemps que tu n’es plus en charge de me protéger et j’ai passé l’âge d’être bordé et torché ! Je suis bien assez fort pour regarder cette pourriture en face et tu le sais ! J’en ai d’ailleurs parfaitement le droit.

Sa seconde main, celle qui n’était pas incrustée de petits éclats de verre, passa dans ses cheveux indisciplinés que leurs ébats n’avaient pas arrangé, avec une lenteur qui trahissait toute la maîtrise dont il essayait de faire preuve pour ne pas donner raison à Rhain et ses stupides précautions. Mais devant lui, tout ça semblait devenir beaucoup plus compliqué. Et voilà que Nimrod s’agaçait d’autant plus devant ce constat qui ne l’aiderait pas à plaider sa cause devant le geôlier de son père.

- C’est un jeu n’est ce pas ? Tu as décidé de me taquiner mais tu as choisi le mauvais sujet pour ça, et tu vas t’en rendre compte hm ? Je n’ai pas assez grondé tout à l’heure ? Est ce que ça te manque déjà ?

Un rire nerveux et mauvais secoua les épaules hâlées, aux muscles saillants, tendus et bandés comme s’ils avaient été prêt à frapper.

- Si c’est le cas… Je te le dis très sincèrement Rhain, arrête. La plaisanterie est mauvaise et je te posais la question très sérieusement.

Comment pouvait il être aussi hermétique et aussi insensible alors qu’ils avaient le postérieur tranquillement posé sur ce qui pouvait se rapprocher un nid de shlenns dévoreurs tant la situation était agréable. Même l’idée d’exécuter l’ancien chef de famille Rajh’khaervar n’avait pas fait tressaillir une oreille pointue de son amant. S’en était tellement frustrant et rageant à la fois que Nimrod n’arrivait pas savoir ce qu’il désirait ressentir en premier.
Bon d’accord, avec un peu de réflexion d’adulte, le temps de quelques instants de lucidité, il n’était pas si hermétique que ça, puisqu’il refusait, certes, mais sous prétexte de le protéger.

Comment pouvait-il refuser alors ? L’encre lui était monté à la tête, ou peut être que leurs ébats avaient amené la tête bleue trop près du mur sans que le seigneur démoniaque ne l’ait remarqué jusque là ? A quel moment son compagnon avait cru que l’idée qu’il proposait serait bien accueillie ?
Il ne l’avait probablement jamais cru.

Nimrod recommençait à bouillir et dû se concentrer sur les jolies perles de sang dégoulinant de son poing fermé et serré, pour singer un calme qu’il ne ressentait absolument pas.
Ils avaient tout les deux été témoins de la cruauté de leurs familles qui n’avaient jamais lésiné sur les moyens pour les dresser comme deux bêtes sauvages qu’on élevait pour la chasse et qui se seraient en réalité révélé un peu trop amicales. Que ce soit pour les punir lorsqu’ils bravaient les interdits pour se retrouver, ou dans un contexte totalement différent de leur relation. Rhain avait vu les traitements infligés par son père, qu’il appelait “éducation”, pour le mater. Et même s’il ne l’avait jamais avoué de vive voix, le bruit des os brisés hantaient les pas du démon de bientôt cinq cent ans sans qu’il n’arrive à s’en défaire réellement.

- Si tu ne veux pas compromettre ta place en me faisant entrer, je comprendrai et je me débrouillerai sans ton aide.

Son ton amer était injustifié, il le savait, surtout en ce qui concernait leur deux postes qu’aucuns d’eux ne se permettraient de mettre en péril, même par colère. De toute façon, c’était très souvent comme ça avec Rhain, quand Nimrod était le seul à s’emportait. Il n’écoutait pas, refusait tout en bloc sans céder une larme de terrain, puis à tête reposée, finissait par consentir à un compromis. En général.
Sur les sujets épineux, rien n’était joué.

- Mais garde tes leçons et tes plans fumeux pour toi ! Il a presque cinq siècles à payer et j’ai bien trop de choses à entendre de sa bouche. Je ne veux pas d’un messager, je veux l’affronter ! J’en ai le droit, j’ai tout les droits sur cet insecte maintenant qu’il a perdu sa place !

Cette fois, il avait véritablement haussé le ton comme le rugissement puissant du tonnerre qui éclate juste au dessus de notre tête, assourdissant, en dardant son regard d’or liquide en ébullition sur son amant.

- Alors ?! Est ce que tu as peur que je sois créatif dans tes cellules aussi ? Tu préfères que ça ne soit réservé qu’à toi ?!

Son regard était assez semblable à celui qu’il avait eu en débarrassant Rhain de ses vêtements mais cette fois, son désir était bien différent.

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Exécuteur Suprême
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MessageSujet: Re: Liens profonds. [PV Rhain]   Mer 7 Juin 2017 - 23:53

Comme une mécanique bien huilée, les rouages de la colère de Nimrod s’enclenchèrent et prirent rapidement de la vitesse. Rhain connaissait bien le processus. Suffisamment pour le prévoir et souvent même le prévenir. Suffisamment pour savoir quelle intensité il atteindrait, alors même que le principal intéressé l’ignorait. Et il savait que cette crise serait majeure. Il n’aurait pas pu en être autrement, vu le sujet de leur conversation. Et quand on savait ce qu’un simple changement d’emploi du temps pouvait déjà générer de chaos quand il compromettait les plans du Seigneur Démoniaque…

“Ce n’est pas une première pour toi venant de moi, il me semble.”, acquiesça l’Exécuteur, nettoyant soigneusement son stylet avant de le ranger dans son étui d’os gravé et patiné.

L’aura de son cadet vibrait et enflait comme une voile sous la tempête, et le démon majeur en subissait chaque variation, si proche de son amant.


“Je sais ce que tu veux. Je le savais avant que tu m’en parles.”, soupira-t-il en écartant la tablette supportant ses instruments.

Les finitions devraient attendre. Au son du verre brisé, il se retourna sèchement, sa lèvre supérieure découvrant ses dents aiguisées. Il arrêta son amorce de mouvement pour se saisir du bras de Nimrod, ce dernier l’ayant déjà étendu hors de portée. Ça n’était pas le moment de le contraindre physiquement, ce que Rhain s’autorisait sans hésitation quand son amant était dans de meilleures dispositions. Son cadet savait très bien le soin maniaque que le Démon Majeur accordait à la peau qu’il avait sauvée maintes fois depuis leur enfance, jusqu’à la réclamer comme sienne. Y attenter, c’était bafouer sa propriété. Et maintenant que le patriarche Rajh’khaervar avait été mis hors d’état de nuire, nul n’en avait le droit. Hormis Satan.


“Laisse-moi soigner ça”, grogna-t-il entre ses dents.

Bien sûr, le Seigneur Démoniaque obstruait volontairement son action, en réaction à son propre refus de le laisser accéder à la cellule de son père. Et cela rappelait à Rhain leurs premières années, quand le jeune garçon dont la sécurité lui avait été confiée fonçait délibérément tête baissée dans les pires situations, pour éprouver sa détermination et s’opposer à travers lui à son père.

L’Exécuteur haussa un sourcil flegmatique en réponse au choc de la chaise sur le sol, largement amorti par les peaux tannées recouvrant le sol.

“Ça n’a jamais été une charge. Et je sais que tu es plus fort que lui. La preuve en est : c’est lui qui est dans mes geôles, pas toi.”

Rhain sentit son cœur s’accélérer légèrement à cette idée. Qu’aurait-il fait, si la tentative de son amant pour déjouer le complot s’était retournée contre lui ? Si c’était son corps qui se retrouvait pendu à des fers dans une cellule, attendant les lames de ténèbre de l’Exécuteur ? Ses lames…
Si la perspective de torturer et exécuter le père de son ami d’enfance n’avait suscité en lui qu’un intérêt purement professionnel, imaginer une autre issue lui hérissa brièvement la nuque, et il secoua la tête, chassant ces pensées. Il n’avait jamais été du genre à s’attarder sur des “si” au passé. Il n’allait pas commencer maintenant.


“Et tu n’as plus de droits sur ton Père. Plus depuis que sa vie, et sa mort, appartiennent à la justice de notre Souverain.”

Et Rhain était la justice. Même s’il n’avait pas voulu signifier clairement à son cadet qu’il était à présent l’obstacle majeur se dressant entre lui et la vengeance que le Seigneur Démoniaque aurait voulu exercer sur son tourmenteur, cette évidence devait pleinement s’imposer à son amant. De gré ou de force. Et il savait déjà quelle option il aurait à employer. Il repoussa également sa chaise, se levant pour aller ranger le coffret dans le meuble prévu à cet effet. Autant mettre le matériel fragile et précieux à l’abri. Puis il se tourna vers le Seigneur Démoniaque, s’adossant au buffet, les mains croisées dans son dos. Il devait se retenir de frapper rythmiquement sur le bois du bout des griffes. Il savait que ce simple signal serait suffisant pour briser les derniers remparts contenant la rage de Nimrod. Et ils étaient déjà sévèrement ébranlés. Comme le prouva le rire qui échappa au brun, aussi tranchant que les lames de l’Exécuteur.

“Tes sentiments sont le seul terrain de jeu que je m’interdis, Lou. D’autant plus quand ils concernent... ton passé.”

Rhain s’était retenu de dire “notre”. Cela l’aurait inclus dans la peine, la colère, l’impuissance dont avait souffert son cadet aux mains de son père. Et il préférait continuer à maintenir une distance entre les maltraitances infligées à son amant, et celles qu’il avait subies. Le poids des souffrances de Nimrod était suffisamment accablant sans qu’il y ajoute les siennes. Elles ne lui pesaient plus depuis longtemps, si ça avait jamais été le cas. Il aurait été vain et destructeur de les ramener à la surface.

Rhain releva la tête vers son compagnon, l’affrontant du regard. Ça n’était pas la meilleure tactique s’il avait souhaité désamorcer le conflit. Mais il savait qu’il était déjà trop tard pour cela.


“Ma réponse EST sérieuse. Tu ne peux pas rendre visite à ton père. Ça n’amènera rien de bon pour toi.”

Le Démon Majeur eu un sifflement chargé d’impatience lorsque son amant évoqua une éventuelle crainte de mettre en péril ses fonctions dans les geôles du Palais comme raison à son refus. L’argument n’était pas totalement invalide, mais ça n’était pas par peur qu’il se refusait à déroger aux règles strictes incombant à ses responsabilités. C’était par déférence envers la confiance que lui avait manifesté son Souverain en lui attribuant sa charge. Et tout comme il s’interdisait d’en abuser pour satisfaire ses intérêts ou celles de sa ligue, il ne pouvait autoriser de passe-droit à son compagnon.

“Si tu tentes d’accéder à sa cellule sans ma permission, ça n’est pas mon aide que tu recevras, c’est mon pied au cul pour t’en faire sortir. Et si tu voulais lui faire payer votre passif, il fallait y penser avant. Il fallait te montrer retors comme il l’a été. Tu aurais pu le faire disparaître après t’être vengé tout ton saoul sur lui. Tu aurais pu prendre ainsi la tête de ta famille et démonter son complot aussi sûrement que tu l’as fait en le livrant à la justice de Satan. Tu as voulu garder les mains propres, agir selon les règles, et c’est tout à ton honneur. C’était la voie la plus raisonnable. Il est trop tard pour te salir les mains, maintenant. C’est à moi de le faire.”

Le Démon Majeur décroisa les mains dans son dos pour les ramener devant lui, s’attrapant l’avant-bras. “Réflexe de protection”, songea-il. Il était trop tard pour penser à se protéger, mais son corps se prémunissait de l'enchaînement inéluctable qu’il avait enclenché. Ses mots avaient martelé impitoyablement les dernières défenses que Nimrod avait pu maintenir entre le feu dévorant de sa haine envers son père et l’objet de sa frustration. Le refus de Rhain. Il avait conscience que tout autre s’opposant au Seigneur Démoniaque n’aurait pas eu le privilège de sa restreinte. Mais cette retenue était volatile, instable, comme le tempérament de son amant. Une fournaise grondante couvant parfois sous le calme apparent d’un tapis de cendres, n’attendant que d’être avivée par le souffle d’une contrariété. Et Rhain avait déclenché une tornade au sein du brasier. Il continuerait à attiser les flammes jusqu’à ce qu’elles aient consumé tout l’oxygène, tout le combustible à disposition. Jusqu’à ce que Nimrod s’essouffle, s’effondre, crachant ses dernières étincelles. Le démon Majeur avait été le pare-feu et le garde-fou de son compagnon depuis leur enfance. Il en gardait encore certaines cicatrices, qu’elles soient de la main ou non de son amant. Il le laisserait se heurter autant de fois que nécessaire à sa décision, jusqu’à ce que son père ait été exécuté. Jusqu’à ce qu’il ne risque plus d’attirer davantage d’opprobre sur son nom, ni de réveiller des fantômes indésirables. Et tout en canalisant les pulsions destructrices de son cadet, Rhain  rendrait coup pour coup, par respect pour leur relation.

Il laissa retomber ses bras le long de son corps, ses griffes tintant au bout de ses doigts, ses mains légèrement écartées. Ses reins n’avaient pas quitté le bois de la commode. Sa tête se pencha légèrement sur le côté, sa lèvre supérieure découvrant une canine aiguë en un rictus provocateur, et ses pupilles se dilatèrent jusqu’à que l’écarlate paraisse recouvrir l’or de son regard.

“Alors, tu me montres cette fameuse créativité ? Ou tu préfères que ça ne soit réservé qu’à moi ?”

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MessageSujet: Re: Liens profonds. [PV Rhain]   Mer 14 Juin 2017 - 22:57


Pour maîtriser le peu de raison qui dansait dans sa tête en menaçant de se briser à chaque mot que Rhain pouvait prononcer, Nimrod avait accroché son attention sur la sensation légère et presque imperceptible des filets de sang coulant de chaque entaille décorant à présent sa main blessée. Le liquide, à la trajectoire incertaine et au rythme variant en fonction de la position de sa main tantôt lent et irrégulier, tantôt rapide en dévalant sa peau halée, lui permettait d'enrayer quelques rouages qui s’emballaient beaucoup trop vite à mesure que la frustration et la colère nouaient sa gorge, ses muscles et son esprit. Il essayait d’en deviner le tracé, d’en ressentir la chaleur et le chemin, de savoir lorsqu’une goutte pourpre suivait sa consoeur ou si elle s’en dissociait.
Il se rendit compte, en baissant les yeux sur une perception plus difficile, que sa main saignait abondamment et qu’elle avait déjà laissé quelques marques sur les peaux étendues en sol. Mais c’était le cadet de ses soucis pour l’instant. Ce dont il se rendait compte à son plus grand damne, c’était que la distraction était de courte durée.

Il était toujours hors de question que Rhain s’approche de ses blessures car c’était la seule chose, aux yeux de Nimrod qui, pour l’instant, pouvait provoquer une frustration suffisante pour le soulager lui, sans qu’elle n’atteigne celle qu’il ressentait à ce moment là. C’était une maigre vengeance qui ne tiendrait pas jusqu’au bout de leur discussion animée mais c’était trop peu pour le flot d’émotions qui submergeait alors le jeune Maître Espion, d’autant plus que son amant, comme depuis leur première rencontre, ne mâchait pas ses mots. Semblablent aux éclats de verre qui s’enfonçaient toujours un peu plus dans la chaire de sa main à mesure qu’il serait le poing, les paroles de l’Exécuteur Suprême s’insinuaient en lui comme une multitude de petites entailles insidieuses, pas insupportables mais dont la douleur constante ne s’oubliait pas facilement, agaçantes et difficiles à ignorer.

Et à chaque fois qu’une remarque pénétrait sa peau comme une aiguille sur une zone de peau sensible, Nimrod serrait les dents, montrait les crocs et grondait sourdement, comme un animal retranché au fond de sa grotte, prêt à bondir si on s’approchait d’un peu trop prêt.

- C’est MOI qui ait amené mon père devant la justice… TA justice Rhain. C’est à moi qu’elle doit le sort d’un traître et la sécurité d’un complot avorté. Est ce que tu penses que je vais me contenter de ça ? De la fierté de le voir pourrir dans une geôle en tirant un trait sur cinq siècles de ses jeux pervers ? Tu me connais pourtant mieux que ça.

Le jeune seigneur démoniaque, pour à nouveau occuper son esprit, et ne pas s’approcher immédiatement de son ami en risquant un coup malheureux uniquement dicté par la colère, s’était rapproché du tas que formait ses vêtements abandonnés plus tôt pour en extirper le pantalon en cuir noir qu’il portait avant que le démon majeur et lui ne se retrouvent plus intimement. Il le secoua pour en dégager sa tunique déchirée et froissée, l’enfila comme si de rien était, comme s’ils venaient tout juste de quitter le lit après quelques mots échangés sur l’oreiller, une morsure et un baiser. Et c’était d’ailleurs sur le souvenir récent de ces gestes que “Lou” essayait de se concentrer pour ne pas sauter à la gorge de celui qui lui tenait tête.
Le mouvement de sa main abîmée lorsqu’il referma son pantalon le fit souffrir, et la douleur balaya tous les efforts mis en place pour oublier Rhain quelques instants, comme si elle avait illustré celle du martèlement incessant de son discour. Alors il lâcha sur un ton glacial en lui tournant toujours ostensiblement le dos :

- Et tu me connais même sur le bout des doigts. Alors tu sais que je ne m’arrêterais pas, que j’ai ton autorisation ou pas.

Finalement, le Rajh’khaervar se sentit de nouveau prêt à faire face à son amant avec le sourire mauvais de celui qui a bien l’intention de jouer. Ou peut être n’était ce qu’une façade pour pouvoir soutenir son regard déterminé et sa volonté de le protéger au point de le mettre dans une rage folle.

- J’ai été stupide de te demander ton approbation. Tu me traites encore comme le petit garçon que tu devais tirer de toutes les situations dangereuses.Et j’en oublie presque que ton ascendant est révolu ! Et n’oublie pas que, lorsque tu feras la fierté de Satan en exécutant mon père, c’est à moi que tu le devras. Juste. à. moi.
Mais je suis ravis de savoir qu’il t’arrive de t’interdire des choses comme tu oses me les interdire à moi ! Il y a effectivement une justice dans ce monde !


Son ton était railleur, agressif et mordant faute de pouvoir planter ses crocs dans l’épaule, la gorge ou la cuisse de Rhain pour lui faire regretter de se mettre en travers de sa route. D’ailleurs, il pris la peine de rajouter tout en sachant que les menaces qu’il pouvait prononcer devant son amant ne servaient à rien.

- Si ça avait été quelqu’un d’autre que toi… N’importe qui… Devant moi… Il serait déjà entrain d’exhiber ses entrailles sur tes superbes peaux de bêtes et sur tes murs ! Mais tu le sais déjà ! Puisque tu sais déjà tout de moi…

De nouveau, il avait montré les crocs, ne craignant pas de montrer à son ami de toujours la frustration qu’il ressentait de ne pouvoir, et de ne vouloir, réaliser ce carnage sur le démon majeur, si précieux à ses yeux.
Celui ci savait que rien de tel ne lui arriverait. Il ne pouvait pas l’ignorer. D'ailleurs, il avait abandonné sa position de défense qu'il avait dû reconnaître inutile face à la tempête, autant qu'un bouclier en bois dans un brasier. Oh bien sûr, son corps devait porter quelques marques de leurs frasques et de leurs disputes et Nimrod n'était pas du genre retenir ses coups lorsqu'il était aveugle à tout. Mais ce dernier avait toujours su s'arrêter. À moins que ce ne soit Rhain qui ait réussi à enrayer la machine lui même pour se protéger, à mesure qu'il avait dû composer avec l’instabilité irréparable du seigneur démoniaque.
Ce dernier aurait été bien incapable de le dire. Il misait alors sur propre capacité à savoir s’arrêter à temps, bien que rien ne soit moins sûr.

Nimrod fit un premier pas en avant, en dardant son regard d’or liquide dans celui en qu’il avait toujours eu confiance, mais qui aujourd’hui le rendait fou tant il avait l’air stoïque alors que lui même était prêt à sentir sa raison se rompre à tout moment.
La moindre lueur d’agacement dans le regard du Gharaon était une satisfaction pour Nimrod, une réaction à laquelle se raccrocher et qu’il voulait à tout prix intensifier pour ne plus être le seul.

- Tu n’es plus celui qui doit se salir les mains à ma place Rhain. Je sais que cette place t’as toujours convenue. Tu es fait pour ça, tu as été élevé et façonné pour ça. Mais c’est fini maintenant. N’en as tu pas marre de t’attirer tous les lauriers ?

Un second pas suivit le premier. Plus lent cette fois, mais l’enjambée avait eu plus d’amplitude et rapprocha les deux corps plus rapidement. Si on comparait plus que de raison son amant à un lynx des nuées, et qu’il était, des deux, celui qui se rapprochait indéniablement le plus du félin, l’attitude de Nimrod cette fois, sembla se rapprocher de celle d’une de ces bêtes en chasse.
L’aura du seigneur démoniaque avait depuis longtemps rattrapée celle du démon majeur et avant que son propriétaire ne fasse un geste en ce sens, elle avait déjà tenté d’envelopper, de briser et de provoquer la seconde. De toute évidence, c’était le prémisse de la tempête intérieure qui faisait rage dans la tête et le corps du seigneur démoniaque. Son aura s’exprimait bien avant lui, rendant les coups que Rhain avait donné en paroles, à sa façon.

- Je sais à quoi tu penses Rhain. Tu te dis que tu vas attendre… Attendre que je réalise et que je m’épuise devant ton putain de stoïcisme.

Les pas suivant, il ne les compta pas, mais ils furent rapides, précis et calculés, pour heurter le corps du démon majeur du sien et faire en sorte de l’acculer contre le buffet, ses hanches se collant à celles de l’Exécuteur pour en épouser parfaitement la forme mais sans douceur. Si le rebord du bois luxueux s’enfonçait dans ses reins, c’était un effet collatéral appréciable. Une jambe était remontée entre celles de son amant avec une pointe de fermeté qui ne se voulait pas séductrice, quant à sa main blessée, elle s’était refermée sur le menton du balafré avec une puissance qu’on aurait pu ne pas attendre de la part d’un épiderme aussi ensanglanté.
Nimrod serra, en contemplant le visage de Rhain, et au même rythme que sa mâchoire qu’il se crispa pour résister à l’envie de le mordre au visage. Son regard hautain se promena sur les quelques traces rouges qu’il laissa en faisant glisser ses doigts sur la jolie gorge qu’il avait câliné il y avait de ça fort peu de temps.

- J’ai gagné en endurance depuis le temps. Et je n’ai aucune envie de laisser passer cette opportunité de savourer l’ascendant que j’ai mis tant d’années à avoir sur mon père. Je ne te laisserai pas tout gâcher Rhain.

De nouveau, il serra, étouffant un grognement satisfait en sentant la jugulaire pulser contre sa paume abîmée. Son amant avait même peut être tout le loisir de sentir quelques éclats pas totalement enfoncés encore, ressortant de la chaire de sa main par endroit.
Un sourire, proche de la grimace méprisante dont il était capable lorsque quelque chose lui déplaisait, Nimrod murmura d’une voix sifflante alors que son regard se promenait de haut en bas sur l’entièreté du démon majeur, à peine plus grand que lui, ce qui poussait le jeune seigneur démoniaque à se tendre, en levant à peine les yeux vers lui, ce qu’il avait d’ailleurs toujours détesté faire en espérant depuis son plus jeune âge dépasser un jour le Gharaon. Sans succès de toute évidence.

- C’est là que tu devrais te préoccuper de mes sentiments…

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