La guerre entre Anges et Démons a cessé récemment tandis que les Déchus pris en tenaille tentent de survivre. Mais un autre danger attend les anges qui tombent : le goût des démons pour les esclaves, distraction entre deux intrigues mortelles.
 
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 Lachlann Shaemnohn - Grand Veneur

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Grand Veneur
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Age : 38

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Âge apparent: 35-40
Pouvoirs: Ténèbres / Terre
Situation:
Grand Veneur
MessageSujet: Lachlann Shaemnohn - Grand Veneur   Ven 14 Juil 2017 - 16:59




Lachlann Shaemnohn

Surnom : aucun d'officiel
Âge : 1138
Race : Démon
Classe : Seigneur Démoniaque
Préférence : Dominant

Rang personnalisé : Grand Veneur

Description Mentale


Lachlann est réputé être d’un caractère égal et courtois en bonne compagnie, quoique parfois distant. Tout en lui respire la méticulosité, le contrôle, la dignité. Ses silences parfois plus longs que la politesse ne le requiert et la façon qu’il a d’observer son entourage sans mot dire peuvent le faire paraître hautain. Mais il sait rattraper ses absences par une cordialité d’une bienséance sans fautes, sa capacité d’écoute et ses traits d’esprit qui en font un hôte apprécié des démons âgés, les caractères plus enflammés pouvant le juger trop policé, jusqu’à l’ennui.

Assez secret concernant sa vie privée, particulièrement son passé, il préfère détourner les questions le concernant en encourageant ses interlocuteurs à se mettre en avant. Il est cependant intarissable concernant ses passions, à savoir la collection et l’élevage des espèces animales les plus dangereuses, le dressage, et la chasse.

Beaucoup de démons le côtoyant n’ont que cette image lisse et irréprochable de lui.

Les quelques personnes assez téméraires pour l’accompagner lors d’une de ses traques ont un aperçu d’une toute autre facette du Seigneur Démoniaque. Une fois éloigné de la civilisation et de ses codes, Lachlann se révèle être un prédateur féroce aux instincts sanguinaires, ne reculant devant aucun obstacle ou danger pour atteindre sa proie et la mettre à mort, quitte à y risquer sa vie, et sans aucun égard pour ceux qui le suivent, n’hésitant pas à se servir d’eux comme appâts pour parvenir à ses fins.
Cette bestialité impitoyable est la face cachée de Lachlann, dissimulée sous le vernis de civilité et de respectabilité appliqué année après année par sa mère et son oncle maternel depuis son retour à la Géhenne après une disparition de vingt années lorsqu’il était enfant.

Description Physique


Dans la moyenne haute des démons avec son mètre quatre-vingt treize, Lachlann a la silhouette athlétique des veneurs, les épaules larges et les muscles secs. Ses pommettes saillantes sont la première caractéristique à attirer l’oeil sur son visage taillé à la serpe. Puis vient sa bouche, large, aux lèvres d’un rouge sombre tranchant sur sa peau hâlée. Ses yeux noisette profondément enfoncés semblent toujours scruter leur cible. S’il fixe sa chevelure châtain striée de blond par la vie au grand air en une coupe courte impeccable grâce à des onguents, des mèches peuvent s’échapper du carcan et venir battre son front jusqu’à ses pommettes en cas d’activité intense. Son expression est généralement digne et absorbée, s’animant parfois d’un fin sourire. Il affectionne les tuniques parfaitement coupées pour mettre en valeur sa silhouette élancée et puissante, et les tissus de la meilleure qualité couplés aux fourrures de ses prises. Ses goûts restent cependant sobres, et on peut le voir vêtu d’une simple chemise blanche aux manches retroussées sur ses avant-bras énergiques, un robuste pantalon rentré dans des bottes hautes en cuir fauve, lorsqu’il s’affaire aux soins de la ménagerie du palais. Son corps porte les traces de son contact assidu avec la faune plus ou moins sauvage, fines cicatrices blanches éparses se démarquant sur sa peau bronzée.

Histoire


Farroch.

La première nuit, l’enfant était resté terré au fond de la caverne, persuadé que ce n’était qu’un cauchemar, un horrible cauchemar, très long, et très réaliste. Il n’avait pas la notion de folie, sinon il aurait envisagé qu’il avait perdu l’esprit, pour commencer à accepter que l’animal l’ayant attrapé pour certainement le dévorer se soit transformé en une créature humanoïde et lui ait parlé. Pour envisager la mort de son père, trahi par les veneurs qui l’avait accompagné avec ses fils, alors qu’il affrontait la Reyshâr des hauteurs qu’ils étaient venus chercher dans les monts de Niflheim. Une entreprise qui n’aurait pas dû être si risquée, épaulé par une équipe de chasseurs aguerris. Son père était un mage émérite, mais pas un guerrier dont le corps était prêt à livrer bataille. Il ne s’était plus battu depuis longtemps. Sa maîtrise de l’élément de terre lui permettait de modeler et animer mille créatures fantasmagoriques, mille animaux du quotidien, des plus petits aux plus impressionnants, et jusqu’aux figures de son entourage, reproduisant leurs mimiques et postures à la perfection. Certains disaient que Satan lui-même avait apprécié le spectacle de ses tours, à l’occasion. Son père aimait danser. Il aimait à dire qu’il avait séduit son épouse Hiarin en une danse, et elle souriait toujours tendrement à cette déclaration. Son père avait été abandonné par les hommes chargés de le guider et l’assister dans cette entreprise fantasque, une bravade entre frères. Peut-être avait-il aussi voulu prouver quelque chose à son épouse, issue d’une grande famille où la chasse était plus qu’une occupation. Son père… s’était effondré quand, alors qu’il concentrait ses attaques magiques sur la bête gigantesque, son dos avait été criblé de carreaux d’arbalètes. Il s’était retourné, l’expression de la plus profonde surprise sur ses traits, alors que ses golems de terre combattant la Reyshâr retombaient en poussière. Il avait eut un regard douloureux pour ses fils, et Valrin avait été le premier à réagir, saisissant la main de son frère hébété et le tirant à sa suite, vite, loin, à travers les arbres, dévalant les talus, glissant, s’écorchant à la végétation et aux pierres. Les veneurs ne les avaient pas suivis tout de suite. Qu’ils aient été retenus par la Reyshâr ou par un dernier effort du mage, ou parce qu’ils ne jugeaient pas nécessaire de pourchasser deux enfants si jeunes dans cet environnement reculé et grouillant de prédateurs féroces, le répit avait en tout cas été suffisant pour que les garçons prennent de l’avance. En arrivant au bord du précipice étroit, Valrin avait persuadé son frère qu’ils pouvaient en atteindre le fond pour se cacher. Il avait pris les devants, et son cadet n’avait même pas eu le temps de tenter de l’en dissuader, qu’il avait entendu l’éboulis de pierres, et la chute. Si l’aîné ne s’était pas fracassé le crâne, c’était simplement grâce au coussin de poussière meuble invoqué à la hâte sous lui. Son frère en était venu par la suite à regretter qu’il ne soit pas mort sur le coup…
Le blond était descendu au fond du ravin, aussi prudemment que possible vu sa hâte de rejoindre Valrin. Il n’avait pas appris à étancher le sang des blessures et maintenir des membres blessés avec son pouvoir. Et pourquoi l’aurait-il su, lui qui avait à peine 30 ans, qui pensait que sa magie ne servirait jamais qu’à faire de belles choses, comme son père, et à modifier le terrain pour battre Valrin à la course et à cache-cache ? Malgré le choc, malgré la peur, il avait traîné son frère à l’abri du renfoncement, pour être invisible depuis le sommet des falaises, et ils avaient rétracté leurs auras, comme lorsqu’ils se dissimulaient pour un de leurs jeux.

***


L’infernal avait été attiré par l’odeur du sang et de la terreur, au crépuscule. Sous sa forme de Griffon Serpentaire, il s’était glissé à proximité du renfoncement rocheux d’où émanaient les auras ennemies, instables, agitées. Affaiblies.
Une silhouette de petite taille, hésitante, explorait les alentours immédiats du refuge où l’attendait une deuxième présence, allongée contre la paroi de pierre. Elle revint portant quelques maigres branchages et les derniers rayons du couchant permirent à Farroch d’apercevoir son visage alors que le petit démon s’accroupissait auprès de son comparse, laissant tomber le bois à ses pieds. Un enfant. DES enfants. Que faisaient-ils seuls, ici, aussi loin de toute habitation ou campement ? L’infernal avait approché de leur position en cercles prudents, cherchant à dénombrer les envahisseurs. Et il n’y avait que ces deux avortons de démons dans les environs. Et pas n’importe quels démons. De jeunes Seigneurs Démoniaques. L’épaisse langue noire, conique, serpentine, fouetta l’air en vibrant entre les points acérées du bec argenté. Même un démon adulte aventureux ne se serait pas risqué dans cet étroit défilé obstrué d’éboulis à intervalles réguliers, où l’on ne croisait que les restes d’animaux tombés du haut des falaises. Si Farroch n’avait pas senti leur présence, lui-même ne serait pas descendu dans le goulet. Sa forme animale le rendait pourtant bien plus apte à en descendre et escalader les parois que les deux intrus qu’il épiait depuis les ombres.
L’attrait était trop grand pour qu’il laisse passer une prise aussi exceptionnelle. Ce qu’il en ferait restait vague dans son esprit. Regagner la faveur de son seigneur et mettre fin à son exil, peut-être ? Mais avait-il réellement envie de quitter ce territoire escarpé et riche en proies qu’il avait fait sien, et la liberté qu’il y avait trouvée ? Fut-ce au prix de la solitude…
L’éclat d’une flamme se refléta dans ses globes oculaires d’un noir insondable, et Farroch eut un bref mouvement de recul instinctif. De la magie. Celui qui était prostré contre la paroi avait fait jaillir le feu pour embraser le tas de bois. Si petits, et déjà aptes à se servir de leur pouvoir élémentaire ? A la lumière du maigre foyer, l’infernal put constater l’état pitoyable dans lequel se trouvaient les deux très jeunes démons. Les riches étoffes de leurs tenues coordonnées, bleu roi pour l’enfant aux cheveux d’un blond pâle s’assombrissant aux racines, rouge sang pour celui à la chevelure brune, étaient déchirées par endroits jusqu’à la chair et maculées de terre et de poussière. Des tâches humides marquaient l’étoffe sur les jambes frêles de celui qui était allongé, ainsi qu’à son flanc, et la main qu’il y pressait était enduite de son sang. Il semblait avoir jeté ses dernières forces pour allumer de quoi les tenir au chaud pour la nuit, et son visage sale emperlé de sueur était livide.

“Tiens bon, Valrin ! Quand il fera jour, j’irai… chercher de l’eau. J’arriverai sûrement à attraper quelque chose ! De quoi te donner des forces pour sortir d’ici ! Nous retrouverons notre chemin et nous dirons tout à Mère, quand nous rentrerons ! Elle fera punir ces... faquins ! Ou… Oncle Dairun les fera punir ! Il t’aidera, en attendant que tu sois assez grand pour devenir le chef de famille. Et je serai là aussi ! Et oncle Tannun ! Et Nezihr !”

L’enfant semblait invoquer ces noms comme des talismans pour repousser sa peur. Farroch eut un grondement bas. Ses éclats de voix et l’odeur du sang finiraient par attirer d’autres prédateurs. Il n’avait pas envie de devoir défendre deux proies contre des adversaires. L’infernal ramassa son corps pour s’approcher encore. Le petit blond était allé s’asseoir auprès du blessé, entourant son torse chétif de ses bras et posant la tête sur son épaule.

“Et on reviendra massacrer cette sale bête qui a… tué… papa…”

La voix du jeune démon s’était brisée. Farroch interrompit un instant sa progression. De la magie, encore. Leurs auras s’étaient légèrement amplifiées. Il n’arrivait pas à distinguer ce qui causait cette manifestation et se tassa, méfiant, avant de se reprendre. Ça n’était que des enfants. Il n’avait rien à craindre. Et son odorat, jusque là focalisé sur leurs odeurs, relevait maintenant le fumet d’une meute de Lycans à crinière en approche, ce qui hâta encore sa décision. Il bondit hors de l’ombre de l’affleurement rocheux qui l’avait dissimulé jusque là, et ses griffes s’enfoncèrent dans la poussière devant le feu vacillant. Le brun fut le premier à réagir, tentant de se redresser avec un couinement de douleur, ce qui entraina une réaction en chaîne : le blond releva la tête et vit le Griffon Serpentaire, ses yeux brillants de larmes s’élargissant comiquement. Farroch aurait pensé qu’il tenterait de fuir, abandonnant l’invalide derrière lui. A voir l’état des jambes du brun, des os brisés pointant à travers le tissu de son pantalon, il ne savait même pas comment il avait pu se traîner jusque là. Mais le blond s’agrippa d’autant plus énergiquement à celui qui devait être son frère, d’après ce que l’infernal avait saisi du monologue entendu. Farroch sentit le sol trembler sous ses pieds, et son instinct animal lui évita de se faire projeter par le monticule de terre qui s’éleva brusquement sous ses griffes. Il bondit de côté, dardant un œil haineux sur le blond. Un mage de terre. Mais qu’est-ce qui prenait donc aux démons d'entraîner leur progéniture à pratiquer la magie aussi jeune ? Ou bien était-ce spécifique aux Seigneurs Démoniaques ? Le tas de poussière ne s’élevait pas à plus de quelques dizaines de centimètres, mais la rapidité de réaction de l’enfant restait stupéfiante, vu les circonstances. Le petit n’en menait cependant pas large, le souffle court, le regard affolé, son aura variant brutalement. L’infernal s’approcha encore, contournant le feu. L’aura du brun vacilla et l’infernal sentit une vague chaleur à son épaule, en même temps que l’odeur âcre de poils roussis saturait son odorat. L’attaque avait été trop faible pour le blesser, lui laissant juste une trace de suie sur les poils. Dans un grondement, Farroch se jeta sur l’invalide. Un tourbillon de poussière d’origine magique lui cingla la face, l’aveuglant à moitié, et il saisit dans son bec acéré la première chose qu’il pu attraper : la jambe de l’enfant blessé. Son hurlement immature de souffrance retentit en échos dans le défilé, ainsi que le cri d’effroi de son frère. A travers les larmes qui tentaient de chasser la poussière de ses yeux, l’infernal aperçut la silhouette parée de bleue du blond, toujours agrippé au brun, le tirant par les épaules pour l’arracher à la prise qui lui broyait son mollet déjà mal en point. Le sang gicla sur la poussière, et le feu projetait les ombres fantasmatiques de leur combat sur la paroi rocheuse. Farroch s’étonna encore une fois de la résistance qu’il rencontrait. Il y avait autre chose que la force sans doute risible du blond pour retenir son frère. De la magie encore. La vue de l’infernal s’éclaircit enfin. Leurs ténèbres. Ils avaient lié leurs ténèbres, comme on s’encorde pour éviter d’être séparés. D’où avaient-ils tiré cette idée, dans le chaos et la terreur de leur situation ? Cela ressemblait davantage à un réflexe généré par l’habitude…

De multiples petits éboulis se fracassèrent à quelques dizaines de mètres derrière l’infernal. Les Lycans. Se campant sur ses griffes, il donna un coup de tête brutal de bas en haut, faisant décoller du sol le corps supplicié de Valrin. Les hurlements de l’enfant s’étaient transformés en râles, et le blond fut projeté par la violence de la saccade, ne s'agrippant plus à son frère que d’un bras en travers de son torse, les yeux clos et le visage crispé par l’effort démesuré fourni pour ne pas lâcher prise, ne criant même plus, pour conserver son énergie. Avant qu’ils ne touchent de nouveau terre, Farroch lâcha la jambe du brun pour  refermer l’étau de son bec sur l’épaule du blond. Il avait visé le bras tenant encore le corps de l’autre, et la pression qu’il exerça arracha une plainte étranglée au petit mage de terre, dont le bras invalide desserra son étreinte sur Valrin, séparant les deux frères. Le brun retomba à terre en une masse informe avec un gémissement, des filaments de ténèbres se rétractant vers son corps, tandis que Farroch entraînait dans son élan le blond dans la direction opposée de la meute de Lycans en approche.

“VALRIN !”

Le bras libre du blond s’abattit frénétiquement sur la tête, le bec, l’encolure et l’épaule de Farroch alors qu’il tentait de se dégager pour rejoindre son frère, ne le quittant pas des yeux malgré son propre péril.

“LÂCHE ! LÂCHE-MOI !”

Les grondements des Lycans retentirent alors qu’ils encerclaient prudemment le brun resté à terre, tout en surveillant le Griffon qui s’éloignait en emportant sa proie, ses ailes se déployant alors qu’il se dressait sur ses pattes arrières, refermant ses antérieures sur le corps de l’enfant pour le presser contre lui avant de bondir et prendre lourdement son envol dans des tourbillons de poussière. Les cris de Valrin s’élevèrent à nouveau quand les Lycans commencèrent leur repas, couplés à ceux de son frère qui retentirent encore après que les premiers se fussent tus.

***


Le garçon hissa sa proie sur ses épaules. Il arrivait à ramener des carcasses de plus en plus grosses, sa force physique se développant mois après mois, année après année. Combien d’années ? Il n’en avait jamais vraiment su le compte. Il n’était plus le petit garçon trouvé au fond d’un ravin, mais un jeune adolescent. Il restait cependant maigre, sec, mangeant rarement à sa faim. Il n’avait droit qu’aux miettes que daignait lui laisser Farroch. Parce qu’on chassait moins bien avec le ventre plein, disait-il, et que vu sa taille, il n’avait pas besoin de grand chose. Sur le chemin de leur retraite, il s’arrêta près d’un cours d’eau pour s’y désaltérer, se penchant au dessus des flots cristallins et glacés, descendant directement des monts. Il mouilla ses cheveux d’un châtain terne, sales et emmêlés, et les plaqua en arrière, réprimant un frisson à la morsure de l’eau froide sur son crâne et sa nuque, se glissant sous ses vêtements de peau tannée. Il releva la tête pour observer la position du soleil. Il ne devait pas tarder. L’infernal n’aimait pas que ses absences se prolongent au delà de ce qu’il estimait être le temps nécessaire pour ramener de la viande. Et s’il était mécontent à son retour, le garçon pourrait dire adieu à son repas. Farroch ne le battait plus tellement, maintenant. Beaucoup moins qu’au début, quand l’enfant essayait encore de parler, de supplier, de marchander. Quand il tentait encore de s’enfuir. Quand il n’arrivait pas à suivre le Griffon en chasse sur son territoire accidenté entre montagnes et forêt. Quand il ne parvenait pas à suivre ses consignes, trop faible, trop révulsé par les ordres de l’infernal. Ce dernier se servait alors de lui comme appât, pour le punir, interceptant les prédateurs au dernier moment, quand le jeune démon pensait déjà sentir leurs crocs ou leurs serres se refermer sur son corps. Ce qui était arrivé, quelques fois...

Attachant le cadavre à son corps avec un morceau de corde qu’il emmenait partout, le garçon escalada la paroi à pic de la falaise où était nichée leur caverne, à mi-hauteur. Quand il était plus jeune, il avait plusieurs fois commis l’erreur de lancer ses dernières forces dans la chasse, terrifié à l’idée de ne rien ramener, et de se retrouver trop affaibli pour grimper jusqu’à la tanière. Il attendait alors au pied de l’escarpement, trop apeuré pour appeler Farroch, jusqu’à ce que ce dernier sorte pour voir ce qui lui prenait tant de temps, et vienne le chercher sans ménagement pour le hisser. Parfois, il s’en était sorti avec de simples réprimandes, une bourrade griffue qui l’envoyait rouler au sol. C’était toujours préférable au traitement qu’il recevait s’il appelait à l’aide.

La caverne était vide. L’infernal s’absentait régulièrement. Quand le garçon s’était retrouvé seul la première fois, il avait attendu longuement, le coeur battant, avant de s’approcher de l’ouverture de la grotte. C’était trop haut pour qu’il puisse espérer en descendre en s’agrippant à la roche, à l’époque. Aussi avait-il usé de son pouvoir élémentaire, redessinant la roche péniblement pour y former des marches grossières, au fur et à mesure de sa progression. Il n’était pas arrivé à la moitié de sa descente quand le déplacement d’air des ailes de l’infernal avait ébouriffé ses cheveux, le jetant dans le vide où des griffes l’avaient happé, pantelant et tétanisé. Le Griffon riait. Un son rocailleux et glaçant, en provenance de cette gorge animale. Un jeu. Ça n’avait été qu’un jeu.

Le jeune démon dépeça la viande et la tailla en morceaux grossiers. C’était la seule préparation qu’elle requiérait pour être au goût de Farroch. Et donc au sien. Il passa le temps en attendant le retour de l’infernal, curant la peau des derniers lambeaux de chair, jetant dans le vide les os trop petits pour que l’infernal s’intéresse à leur moelle. Son ventre criait famine alors qu’il s’affairait. Mais il ne prendrait pas le risque d’avaler le moindre morceau avant que Farroch ne se soit servi. L’infernal aurait senti le sang, dans son haleine. Il alla se rouler en boule sur des fourrures, espérant que le sommeil tromperait la faim.

Le bruissement des ailes se repliant à l’entrée de la grotte le réveilla en sursaut et il bondit sur ses pieds, inclinant la tête avec raideur. Le Griffon Serpentaire eut un regard pour lui, les globes noirs de son regard absorbant la lumière, puis pour les morceaux de viande rassemblés en monticule sur une peau. Il s’en approcha et son bec argenté plongea bientôt régulièrement dans la masse sanguinolente, happant, gobant. A un moment, il eut une saccade de la tête, envoyant voler un morceau de viande vers le garçon, qui l'attrapa avidement au vol pour s’en repaître, mâchant consciencieusement, léchant ses doigts ensanglantés jusqu’à en faire disparaître la moindre trace.

Son repas terminé, l’infernal alla s’abattre lourdement sur les fourrures, s’étirant de contentement avant de ramener ses pattes sous lui. Il avait dormi à même la pierre avant que le garçon ne commence à amasser des peaux pour rendre son sommeil moins pénible. Il semblait apprécier cette amélioration, même s’il passait l’essentiel de son temps sous sa forme animale, et était donc probablement moins sensible à l’inconfort de l’absence de couche et au froid. Le garçon se rassit prudemment sur le peu d’espace encore libre sur les fourrures, et s’allongea, tournant le dos à l’infernal, les yeux rivés sur l’entrée de la grotte pour regarder le cercle d’horizon s’obscurcir avec la tombée de la nuit. Combien de fois avait-il accompli ce qui était devenu un rituel, observant le lever et le coucher du soleil ? Des centaines, des milliers de fois. Sans jamais accepter que c’était là tout ce que le futur lui réservait.
La manifestation de magie derrière lui fit dresser le fin duvet sur sa nuque et le long de son échine. Farroch se transformait. Quand il était plus jeune, cela signifiait qu’il aurait peut-être le droit de parler, en tout cas de répondre aux questions de l’infernal, qui ne reprenait forme humanoïde que pour lui adresser la parole. Il avait vite appris à garder la bouche fermée le reste du temps.

Etait-ce la deuxième, ou troisième nuit après la mort de son père et de son frère, celle où il avait enfin réussi à sombrer dans un sommeil agité, qu’il s’était éveillé en tremblant violemment, suffoqué par les ténèbres que l’infernal tentait de mêler aux siennes ? Il avait voulu ramper loin de lui, et le bras de Farroch, long et noueux, aux ongles effilés l’avait ramené sans douceur contre lui en grondant. Sa voix sifflante avait murmuré à son oreille :

“Est-ce ce que vous faisiez, avec ton frère ? Lier votre magie, pour vous réconforter ? Faibles créatures… Shhhhh… reste là, ou je t’arrache un oeil.”

Les ongles aiguisés avaient effleuré sa joue, le long de sa pommette, et l’enfant s’était figé. Cela aussi était devenu un rituel, avec le temps. Jusqu’à lui faire haïr le souvenir de ce lien profond avec Valrin. Leur mère leur avait raconté qu’avant même leur naissance, elle avait pu sentir leurs auras se tendre l’une vers l’autre, dans son ventre. Comme si la séparation de leurs poches amniotiques avait été une trop grande frustration au besoin fusionnel qu’ils avaient l’un de l’autre. Ils étaient faux jumeaux. Valrin avait été son aîné de quelques minutes. Ils ne se rappelaient pas quand ils avaient commencé à lier leurs ténèbres, pour s’endormir, ou se rassurer. Ils l’avaient simplement toujours fait.

Avec le temps, cette invasion magique des recoins de son être n’avait plus suffi à l’infernal. Il le mordait parfois en insinuant ses ténèbres, plantant ses dents aussi aiguisées que son bec dans l’épaule ou la nuque de l’enfant, jusqu’à faire couler son sang. Pour le faire crier et se débattre. Et quand le coeur du garçon battait à se rompre, que ses voies respiratoires étaient réduites à un sifflement erratique, alors il le relâchait en riant.

Plus tard encore, quand le garçon fut assez grand et expérimenté pour chasser seul, Farroch le récompensa à sa façon, en le pourchassant à travers la caverne jusqu’à ce que le jeune démon tente de se jeter dans le vide. Il le rattrapa, le traîna au fond de la grotte et lui arracha ses vêtements de peau. En plus de ses ténèbres et ses morsures habituelles, il lui imposa le frottement de son corps contre son dos et ses reins, ses griffes s’enfonçant dans sa cuisse et son torse, le souffle de l’infernal devenant plus rauque, jusqu’à ce que le garçon sente un liquide chaud lui couler du milieu du dos jusqu’au flanc sur lequel il était couché, pressé contre Farroch. Comme si l’angoisse et l’humiliation qu’il avait connues jusque là n’avaient pas suffi, il découvrit une nouvelle saveur de peur et de souillure.

Et depuis la fin de la saison précédente, quand les neiges avaient commencé à fondre, l’infernal le prenait maintenant comme un animal en rut.
C’était douloureux, à chaque fois. Plus il se débattait et criait, plus Farroch jouissait rapidement. Aussi le garçon ne se restreignait-il pas, hurlant à pleine voix, envoyant coups de pieds et de poings, mordant et crachant.
Ce soir-là, quand l’infernal, assouvi, serra son corps meurtri et couvert de sueur contre lui, ce fut pour lui murmurer à l’oreille, de sa voix sifflante qui créait des ondes glacées le long de l’échine du jeune démon :

“Quel dommage que tu ne sois pas de mon espèce. Tu pourrais porter mes petits.”

Le garçon dut s’écarter vivement en rampant pour vomir en dehors des fourrures.

***


La’aziel Ferelyn.

Le soleil était déjà trop bas sur l’horizon pour que le jeune démon puisse espérer rentrer sans subir la colère de Farroch. Il avait depuis un moment attrapé du petit gibier suspendu à une corde sur son épaule, et pourtant il retardait l’heure de rentrer. Bien sûr, il tournerait les talons, à un moment, et retrouverait le chemin de la caverne. Il voulait juste… aller un peu plus loin que d’habitude. Il détecta l’odeur inconnue, portée par le vent, et se mit à la traquer avant même d’avoir conscience d’avoir changé son itinéraire.

A mesure qu’il se rapprochait de la source, une autre sensation s’imposa. Ca n’était pas animal. Il s’immobilisa un instant, s’accroupissant et se tassant le plus possible. Ca venait vers lui. Il aurait dû faire demi-tour face à un danger inconnu. L’infernal lui avait suffisamment répété de fuir toute aura démoniaque, que ce serait certainement un éclaireur chargé de le retrouver et de finir ce qu’ils avaient commencé avec son père et son frère. Mais ça n’était pas une aura démoniaque. Ses doigts se plantèrent dans la terre. Il n’avait pas le droit d’utiliser sa magie en présence de Farroch. Mais quand il n’était pas là…
Son aura se dilata alors qu’il découvrait les dents, son corps se ramassant pour être prêt à bondir ou à esquiver.

Une haute silhouette émergea entre les arbres, et le garçon se figea. Des ailes noires. Des images anciennes se succédèrent en flash dans son esprit confus. Un déchu. Comme dans le manoir de son père. Non, pas tout à fait. Il se redressa à moitié en reculant pour se laisser le temps de prendre une décision. Attaquer ? Fuir ? L’aura du déchu était puissante. Sa posture était… neutre. Le jeune démon avait beau y chercher une indication d’agressivité, aucun signal d’alarme ne s’activait, en dehors de sa propre aura s’agitant à la proximité de celle de l’ange. Ses yeux dévoraient le moindre détail, les robes, sa longue chevelure soyeuse et brillante, son teint parfait, cette impression de… propreté, et de civilisation. Ses gestes mesurés, ses mains gracieuses, dépourvues de griffes. Le jeune démon sursauta quand la voix de l’ange s’éleva, apaisante. La première voix qu’il entendait en plus de vingts années, autre que les sifflements de Farroch, ses propres cris, et rarement ses mots. Sa tête se pencha légèrement sur le côté. Il avait acquis beaucoup d’attitudes et de tics du monde animal, et de l’infernal, avec le temps. Il jeta un bref coup d’oeil alarmé par dessus son épaule. Sûrement, Farroch allait surgir et réduire cet ange en lambeaux sanguinolents. Il siffla entre ses dents serrées. L’idée que les griffes de l’infernal se posent sur les vêtements quasi immaculés de l’intrus lui retournait les tripes, sans qu’il puisse s’expliquer pourquoi. Il frappa du poing par terre et adressa un regard farouche à l’inconnu, avant de lui faire signe du dos de la main de s’éloigner, de s’en aller. Le déchu ne semblait pas être intimidé. Le garçon grogna de frustration, secouant la tête, et prit une profonde inspiration.

“P-Pars ! C’est… dangereux ! Pars !”

Il avait l’impression qu’à chaque seconde qui s’écoulait, à chacun de ses battements de coeur, l’irruption de Farroch se faisait plus imminente. Il se redressa totalement, ses gestes se faisant plus véhéments, partagé entre peur et colère, angoisse et frustration.

Le déchu continuait à lui parler, conservant un calme assuré, et petit à petit, ses mots se faisaient un chemin dans l’esprit du garçon. “Géhenne”. “Rentrer”. “Aider”. Le jeune démon eut un nouveau grognement rageur, frappant du pied, se plaquant les mains sur les oreilles, tournant sur lui-même en tentant de garder un oeil à la fois sur l’inconnu et sur la direction relative de la caverne. Il s’accroupit à nouveau, se tenant toujours la tête dans les mains. L’autre devait arrêter de parler. Il devait réfléchir. Attaquer. Ou fuir. Il ne voulait pas, pouvait pas attaquer, alors…
Fuir.
Il se releva vivement, son corps se tendant pour prendre son élan.
Dans quelle direction ?
Sa tête bascula nerveusement vers sa droite. Vers la grotte. Puis vers sa gauche. Vers le déchu. Son souffle se fit court. Puis il bondit vers l’ange, le dépassa en courant.

“Vite ! Pars !”

Il ne connaissait pas cette zone de la forêt. Pas comme il connaissait son territoire habituel de chasse. Il courait. Sautait par dessus les obstacles. Repoussait d’un bras les branchages bas. Il ne savait même pas exactement où il allait. Juste… loin. Il jetait régulièrement un oeil par-dessus son épaule, pour s’assurer que le déchu suivait. Au bout d’un moment, il se retourna sans le trouver derrière lui, et stoppa net, haletant, fouillant le sous-bois dense du regard à la recherche des robes de l’ange. Un bruissement d’ailes massives. Le garçon se jeta à terre. Farroch l’avait retrouvé. Il avait attrapé l’ange, et il l’avait retrouvé. Non. L’aura. L’odeur. Il releva la tête. Des ailes noires. Une main immaculée, dépourvue de griffes, tendue vers lui, l’invitant à la saisir.

***


Garyuda Corvaem.

Il ne savait pas combien il en avait blessé, mais il avait senti l’odeur de leur sang, avant qu’ils ne parviennent à le maîtriser et à l’assommer. Quand il avait quitté le Déchu aux limites de la ville après avoir réitéré sa promesse, il avait espérer pouvoir se faufiler entre les habitations comme il le faisait entre les arbres, dans la forêt. Mais ils étaient partout, entassés, criant, il y avait trop de bruits, trop d’odeurs, il ne savait pas où il allait, chaque tournant le confrontant à un nouveau danger et…
Ils avaient été plusieurs à se mettre à sa poursuite. Malgré sa rapidité, ils avaient l’avantage de connaître le terrain, et lui avaient rapidement coupé toute retraite. Alors, comme tout animal acculé, il s’était battu. Ca avait été brutal. Et rapide.

Le bruit d’une… porte qui s’ouvre, et une autre présence, dans l’espace où il se trouvait. Un tissu opaque lui recouvrait la tête, attaché à son cou par une ficelle lâche, et ses mains et ses pieds avaient été liés ensemble. Il avait tenté de se défaire de ses liens mais n’était parvenu qu’à basculer sur le côté, incapable de se rasseoir, ligoté comme il l’était. Il grogna et dilata son aura pour intimider l’inconnu.

Une bordée de mots inconnus, agressifs. Il en reconnaissait certains, vaguement, pour les avoir entendus parfois il y a bien longtemps, quand un garçon d’écurie se prenait un coup d’une monture, ou qu’un invité racontait certaines… plaisanteries, qu’il ne comprenait pas tout à fait mais faisaient rire tout le monde.
Le garçon découvrit les dents, sous le capuchon, se préparant à frapper comme il pourrait. Il avait mal, des coups reçus pendant son combat dans les rues. Il arrivait à peine à mobiliser assez d’énergie pour amplifier son aura. La tête lui tournait au moindre effort.

Il tenta de repousser la main qu’il avait sentie près de son cou d’une ruade avortée par les cordes, et le capuchon lui fut retiré sans délicatesse, la lumière le faisant cligner des yeux. En tout cas, de celui qui n’était pas quasi fermé par les séquelles d’un coup de poing.
Des yeux vert émeraude qui le fixaient. Des cheveux noirs et…
D’instinct, il happa ce qui se trouvait le plus proche de son visage, à sa portée, et ses dents se refermèrent sauvagement sur le bras tendu vers lui, au poignet. Il tenta de percer de ses canines, de ses incisives, ce qu’il pensa d’abord être une cuirasse noire. Il secoua la tête avec ce qui lui restait d’énergie, essayant de déchiqueter, de faire couler le sang, et le vertige le fit retomber lourdement, hébété. L’avant-bras droit du démon était noir, la main difforme, animale, les phalanges prolongées en appendices griffus. Ses dents n’en avaient même pas entamé la chair lisse. L’inconnu était resté impassible, circonspect, pendant que le garçon s’acharnait sur son bras. Comme s’il ne ressentait rien. Ils se fixèrent un instant en silence, le jeune démon tentant toujours de redresser la tête et de se relever malgré ses entraves, grondant, la lèvre supérieure retroussée. Garyuda trancha  les liens d’un geste désinvolte de ses griffes, et le captif s’éloigna de lui d’une poussée des talons, son dos allant cogner contre le mur contre lequel il resta recroquevillé, observant le bras noirci en penchant la tête de côté. L'adulte soupira devant son air méfiant et ses lèvres pincées.

“Je suis Garyuda Corvaem. Tu es chez moi parce que des crétins ont voulu se faire de l’or sur ton dos. Donne-moi ton nom, que je te ramène là d’où tu viens. Si c’est ce que tu veux…”

Garyuda contempla d’un oeil dubitatif l’état général du garçon. Les autres avaient dit l’avoir trouvé comme ça. A quelques ecchymoses près.

Le garçon arrêta de grogner, pris de court par la requête, et ses yeux roulèrent un instant de droite à gauche. Son nom ? Farroch n’en avait jamais utilisé. Ils ne parlaient quasiment pas. L’infernal restait majoritairement sous sa forme animale. Son nom d’avant… La voix de Valrin retentit dans son esprit confus, l’appelant par son prénom d’une voix enjouée, et le jeune démon fut parcouru d’un violent frisson. Ses yeux parcoururent vivement la pièce, cherchant son frère, et ses ténèbres se tendirent un instant, avant de se rétracter brutalement. Son regard retrouva sa défiance et se tourna à nouveau vers le Démon Majeur.

“Manger.”

Ce fut au tour du maître des lieux d’avoir l’air interloqué. Puis il rit franchement.

“Soit tu as le nom le plus stupide que j’ai jamais entendu, soit sa Seigneurie commence à retrouver ses standards. Viens.”

Il se dirigea vers la porte. Le garçon ne bougea pas, continuant à lui lancer des regards meurtriers. L’adulte poussa un nouveau soupir excédé.

“Tu peux venir, ou rester ici à crever de faim. Mais je ne t’apporterai pas de putain de plateau.”

Il ouvrit la porte et attendit sur le seuil. Le garçon finit par se relever en glissant contre le mur, qu’il longea d’un pas mal assuré, avant de s’arrêter. Garyuda compris rapidement que l’adolescent ne ferait pas un pas de plus s’il ne s’écartait pas de l’encadrement de la porte, et partit dans le couloir, faisant signe à un serviteur trop curieux de vider les lieux pour éviter d’effrayer son invité. Le petit épouvantail se glissa bientôt à son tour dans le couloir, tassé sur lui-même, aux aguets, humant l’air, fronçant le nez, et trottina à la suite du propriétaire de l’établissement, jusqu’à ses appartements, non sans jeter de multiples coups d’oeils nerveux par dessus son épaule.

Le garçon mangeait trop avidement, et Garyuda commençait à s’inquiéter de le voir s’étouffer ou se rendre malade. Ses griffes tapotaient en rythme sur le bois de table alors qu’il considérait ses options. Il interpella sa tenancière venue prendre des directives concernant le groupe de démon mineurs qui avaient amené cet invité inattendu, et lui demanda de lui faire monter de quoi administrer des premiers soins. Le visage de cette dernière pâlit légèrement quand son regard passa de son employeur au jeune démon, et elle pointa un doigt mal assuré vers lui. Garyuda se tourna vers l’enfant, pour constater qu’il s’était saisi du couteau que le Démon Majeur avait laissé à proximité après avoir coupé quelques tranches de viande, et en piquait consciencieusement la pointe dans l’avant-bras droit de son aîné. Le brun le désarma d’une tape de la main.

“Hey ! C’est pas un jouet !”

Le garçon montra les dents, mais ne tarda pas à se jeter sur une nouvelle pièce de viande. Il n’avait pas voulu s’asseoir à table, restant debout non loin des plats, s’écartant dès qu’il s’était servi. Il ingurgitait cependant la nourriture de plus en plus lentement, arrivant à satiété pour la première fois depuis plus longtemps qu’il ne parvenait à se rappeler. Machonnant son dernier lambeau de viande, il s’approcha précautionneusement d’une fenêtre, ouvrant des yeux ronds au spectacle nocturne de la rue en contrebas.

“Alors, décidé à me donner ton nom ? Et ce que tu attends de moi ?”

Le jeune démon reporta son attention sur Garyuda, l’oeil suspicieux. Il ne pouvait pas être un “éclaireur”. Un éclaireur ne lui aurait pas donné à manger avant de le tuer. Il prit plusieurs inspirations profondes, nerveux, indécis.

“Lachlann…”

Il eut une hésitation. Son nom de famille, moins souvent utilisé dans son enfance, lui revint plus difficilement.

“Shaemnohn.”

Ce qu’il voulait ? Pourquoi était-il revenu à la Géhenne ?

“Venger… Père, et... Valrin.”

***


Tannun Famkhidar.

Quand sa soeur Hiarin avait requis son conseil et son aide après avoir reçu une missive du Seigneur Corvaem, Tannun avait vite compris, à son agitation et sa détermination fébrile, que si il tentait de la dissuader de donner suite, elle agirait sans son accord. Elle avait couru après tant de chimères depuis la mort de son époux et la disparition de ses fils, lancé tant de battues durant la première année, dans la zone où son mari avait péri lors d’une chasse au pied des monts Niflheim, puis plus sporadiquement, envoyant des veneurs dans des expéditions hasardeuses, placardant des affiches représentant l’apparence que ses enfants auraient avec quelques années de plus… sans résultats à part avoir attiré quelques profiteurs et menteurs professionnels.
Tannun ne pouvait cependant pas classer un chef de ligue dans la même catégorie qu’un vulgaire brigand de ville basse, tout tenancier de bordel qu’il soit. Mais comment croire que la créature farouche, hirsute, maigre, couverte de plaies et se tenant davantage comme un animal qu’un Seigneur Démoniaque, à moitié prostrée derrière un meuble dans un coin du salon où le Seigneur Garyuda les avait menés dans son établissement, pouvait être son neveu ? Bien sûr, il avait l’aura d’un membre de leur rang, aussi rétractée qu’il puisse la tenir, comme pour se dissimuler davantage. Mais pour le reste… rien en lui ne rappelait l’enfant rieur, curieux et ouvert dont le chef de famille Famkhidar avait gardé le fantôme en mémoire. Ce reliquat de démon n’était que défiance, agressivité animale, et l’on aurait pu craindre d’ouvrir une fenêtre de peur qu’il ne cherche à s’échapper en sautant de l’étage. Et pourtant, le Seigneur Corvaem était parvenu à en tirer des informations, des mots, des indications le menant à contacter sa mère. Par quelles méthodes, Tannun l’ignorait. Il lui suffisait de savoir qu’il était à présent le débiteur d’un Démon Majeur, et il ne savait pas encore si il devait le remercier de la situation dans laquelle il le plaçait.
Au cri que Hiarin poussa en le voyant, Tannun sut que c’était lui. Comment une femelle pouvait-elle reconnaître son petit malgré les vingt années de séparation et la transformation radicale qu’il avait subie, il ne parvenait pas à le comprendre. Et l’enfant lui-même ne semblait pas savoir comment réagir face à cet être qu’il paraissait également reconnaître tout en essayant de la tenir à distance, effrayé par son empressement et ses pleurs. Tannun le sentit mobiliser son pouvoir, son aura se dilatant, avant qu’elle n’ait conscience du danger, et eut juste le temps de lancer ses filaments de ténèbres pour attirer sa soeur à lui, la mettant hors de portée de l’attaque magique plus défensive que réellement offensive de son fils. De ce qui avait été son fils, et les scrutait maintenant d’un regard qui n’avait plus rien de raisonné. Un instant, le Seigneur Famkhidar souhaita pour le garçon, et pour sa soeur, qu’il n’ait pas survécu. Quelques soient les épreuves qu’il avait traversées, son retour à la Géhenne ne signifiait pas qu’il était à présent en sécurité. Ni qu’il serait réinstauré dans son droit d’héritier de la famille Shaemnohn. Certainement pas dans son état actuel, en tout cas. Mais s’il avait cherché à retrouver sa famille, et s’il était encore capable d’utiliser sa magie, comme son père, un mage respecté, lui en avait enseigné les rudiments, alors tout n’était pas perdu. Le veneur en Tannun commençait déjà à évaluer le travail nécessaire pour faire de cette parodie bestiale de démon un être cohérent et discipliné, le jeune Seigneur Démoniaque d’une cinquantaine d’années qu’il était censé être, lui instiller le contrôle indispensable pour tenir son rang. Et s’il avait en lui ne serait-ce que la moitié des aptitudes magiques de Camdar, son père, il pourrait ensuite le confier au précepteur idéal. Celui qui connaissait tout des pouvoirs de l’ancien patriarche des Shaemnohn, et saurait au mieux aider son héritier à suivre ses traces : Nerfev Laslaysha.
Il était temps pour le Seigneur Famkhidar de faire payer à Dairun Shaemnohn la façon dont il avait humilié sa sœur et sa nièce après avoir pris la tête de la famille à la mort de son beau-frère, vingt ans plus tôt.

***


Nerfev Iaslaysha.

Alors qu’il observait son disciple accomplir pour la première fois intégralement son rituel, Nerfev ne pouvait entièrement chasser le malaise persistant tapi dans un recoin de son esprit. Bien sûr, l’adolescent devait être en mesure de se défendre avant de pouvoir prétendre à regagner son statut d’héritier de la branche principale des Shaemnohn, et parvenir à destituer son oncle de son rang de chef de famille. Mais initier un être si jeune à son pouvoir héréditaire, un pouvoir que son père n’avait déjà utilisé qu’avec répugnance…
Camdar n’avait jamais été taillé pour la réalité brutale et sans concessions des champs de bataille. Le père de Lachlann avait beau avoir été un ami proche de Nerfev, le mage avait toujours sut que malgré l’utilité de la maîtrise impressionnante de son cadet sur son pouvoir élémentaire, ce dernier était davantage fait pour les spectacles qu’il se plaisait à donner lors de réceptions, et les démonstrations de combats grandiloquentes et divertissantes, que pour la guerre, où personne ne serait là pour admirer sa virtuosité, où l’efficacité était de mise. Camdar était vaniteux, et Nerfev n’aurait jamais songé à le lui reprocher. Camdar aimait plaire, séduire, que ça soit par la danse, ou par les représentations privées de magie qu’il donnait pour le plaisir de ses invités. Et sa recherche de puissance et de contrôle de la magie n’avait toujours été motivée que par cette vanité.

Lachlann ne ressemblait en rien à son géniteur. Bien sûr, on sentait encore la patte de l’initiation de Camdar dans la façon dont le garçon utilisait son pouvoir de terre, modelant et animant des créatures encore grossières pour attaquer à sa place. Camdar n’avait jamais aimé se salir les mains, et l’emploi de golems prenant diverses formes pour agacer et épuiser ses adversaires alors qu’il les provoquait de loin avait été sa marque de fabrique. Mais le jeune Shaemnohn était habité d’une avidité de violence, d’une concentration sur ses objectifs, d’une faim primale de victoire dont son père avait toujours manqué. Et d’un contrôle presqu’effrayant, pour un individu si jeune. Le Seigneur Iaslaysha voyait davantage le tuteur de Lachlann derrière ce dernier trait. Tannun Famkhidar avait toujours été d’un pragmatisme glaçant, son attitude hautaine et froide ne faisant pas de lui un hôte particulièrement agréable. Et Nerfev avait vu certains de ces traits déteindre progressivement sur le neveu, durant la décennie qu’il avait passée à l’instruire dans les voies magiques. Du garçon de cinquante cinq ans nerveux, impulsif et farouche qu’il avait rencontré pour son premier entrainement, quelques années après que Tannun l’ait mis dans la confidence de la réapparition du fils de Camdar et de son intention de lui faire regagner sa juste place, Lachlann s’était transformé en un adolescent posé, discipliné et assuré, dans le regard duquel on devinait toujours l’intensité d’un tempérament ardent soigneusement canalisé. Certains reliquats de cette impulsivité transparaissaient encore parfois dans ses démonstrations de colère froide face à l’échec.

De minces filets de sang serpentaient dans les airs, entre les blessures ouvertes sur le corps tétanisé et tressaillant du Berger Efflanqué et celui du jeune Seigneur Démoniaque, s’enroulant à quelques centimètres autour de lui comme attirés par son aura. L’animal haletait, le poil hérissé, immobilisé par les filaments de ténèbres qui le pénétraient en de multiples points. Lachlann peinait à maintenir à la fois le contrôle de la bête, et celui de son pouvoir héréditaire. La sueur perlait à ses tempes et son corps nerveux frissonnait sporadiquement. Nerfev restait sur ses gardes. Si le garçon lâchait prise, le Berger pouvait lui sauter à la gorge en réponse à l’attaque. Le mage n’était pas convaincu que Lachlann doive développer aussi tôt son pouvoir héréditaire. Il était déjà doué dans la maîtrise de ses ténèbres, sachant s’en servir pour immobiliser les créatures en étant dépourvues, et assurer sa défense contre une tentative d’intrusion, et l’utilisation de son pouvoir élémentaire était plus que satisfaisante pour attaquer grâce à ses golems, et se protéger. C’était plus que la plupart des jeunes Seigneur Démoniaques de son âge ne savaient faire. C’était très satisfaisant pour un jeune mage. Mais ça n’était jamais assez pour le garçon. Ni pour son tuteur. Il aurait bientôt l’âge de présenter sa requête à la chambre des nobles pour reprendre son titre d’héritier. Il voulait être irréprochable. Et prêt à tout. Son oncle maternel avait déjà veillé à le renforcer physiquement, l’entrainant et l’emmenant à la chasse, activité pour laquelle le jeune démon était apparemment très doué. Cela l’avait aidé à se faire aimer et respecter de sa famille d’adoption, les Famkhidar plaçant l’art de la vénerie au-dessus de tout.

“Est-ce que tu sens les battements de son coeur avec tes ténèbres ? Que te disent-ils ?”

Les mâchoires du garçon se crispèrent. Il devenait maintenir une concentration telle que le simple fait de parler mettait en péril son rituel, et il pouvait sentir sa magie être drainée progressivement par l’effort.

“Il va… mourir… si je continue.”, haleta-t-il.
“Alors décide s’il doit vivre ou mourir.”, intima Nerfev.

L’aura de Lachlann réagit à l’injonction, se dilatant encore, et le corps du garçon se tendit à l’extrême alors que les filaments de sang s’épaississaient, dansant plus rapidement au sein de son aura. Le Berger tremblait maintenant sur ses pattes, et les ténèbres de Lachlann se retirèrent, le laissant s’effondrer. Le jeune démon ne tarda pas à suivre le même mouvement, tombant à genoux. Son aura se rétracta et les vaisseaux de sang qui se tordaient autour de lui éclatèrent, le liquide se répandant en une pluie écarlate. Nerfev eut une brève moue de répugnance. Lachlann releva la tête vers lui, pantelant, maculé des pieds à la tête. Il n’y avait nul sourire de satisfaction sur le visage du garçon, mais un mélange de frustration et de détermination.

“Tu as raison de ne pas te réjouir. Tes ennemis disposeront de ténèbres pour repousser les tiennes. Et ne se laisseront pas saigner comme un animal.”

Le jeune démon se releva en chancelant, le sang gouttant de ses cheveux sur son visage en traînées luisantes.

“Nous sommes tous des animaux.”, lâcha-t-il d’une voix éteinte, avant de se débarrasser de sa tunique pour s’en éponger la figure, et de quitter la salle d'entraînement.

***


Lachlann Shaemnohn.


La préparation minutieuse de son oncle maternel durant quinze années, les appuis de la famille Famkhidar, et des anciens alliés de son père, jusqu’aux recommandations de ses précepteurs, dont le Seigneur Iaslaysha, avaient pesé dans la balance lors de la décision de la chambre des nobles. Cela, et sans doute de fortes sommes qui avaient dû circuler de mains en mains, accompagnées de promesses d’alliance avec l’héritier de la famille Shaemnohn. Dairun avait été encouragé discrètement à se retirer à Gomorrhe, sous la menace de révélations de détails compromettants concernant la disparition de son frère, apportés par Lachlann. Bien sûr, les Famkhidar gardèrent la main mise sur leur précieux neveu pendant encore de longues années, s’ingérant dans la moindre de ses décisions. Mais Lachlann parvint tout de même à suffisamment s’émanciper pour repousser les multiples jeunes Dames Démoniaques qu’ils tentèrent d’instaurer à ses côtés. Sa mère et sa soeur avaient retrouvé le manoir familial. Les absents se faisaient lourdement présents dans le coeur de chacun. Nombreuses furent les tentatives avortées de Dairun Shaemnohn pour retrouver sa place. Le réseau étroit de relations autour de Lachlann tissé par ses aînés faisait ses preuves, et il avait également ses sources et ses voies de propagation de rumeurs, ayant maintenu une relation discrète mais régulière avec celui qui l’avait tiré de son cauchemar et rendu à sa famille, Garyuda Corvaem.

Le jeune Seigneur Démoniaque, nouveau chef de famille, ne tarda pas à fuir régulièrement la présence fantôme des disparus, partant parfois plusieurs jours à la chasse, ramenant régulièrement des spécimens vivants d’espèces toujours plus dangereuses, pour continuer son apprentissage magique auprès du Seigneur Iaslaysha. Il finit par développer une grande partie du parc et certaines terres alentours en réserve pour ces bêtes, se prenant au jeu de la domestication avec certaines d’entre elles, imposant ses ténèbres à toutes. Ce qui n’était au début qu’un passe-temps se transforma rapidement en activité principale, et nombre d’invités aimant se donner des sueurs froides en visitant sa collection finirent par lui demander d’apprivoiser autant qu’il était possible ces bêtes effrayantes pour leur propre usage, ou de simplement leur en céder un individu à garder en captivité. Les demandes se firent de plus en plus nombreuses, et Lachlann les traita toujours au compte-goutte. Les modes fluctuaient avec les années, et le Seigneur Shaemnohn fit reproduire chez lui certaines espèces pour assurer une meilleure imprégnation à l’homme, parvenir à des croisements originaux, et limiter les risques de son commerce exotique, lui ne gardant dans sa collection privée que des individus nés sauvages.

Les événements sanglants du Bal furent l’occasion d’un grand jeu de chaises musicales dans l’organisation de la Géhenne. Et Lachlann ne manqua pas son opportunité d’avoir accès à une des rares espèces qui s’étaient encore refusées à lui : les Dragons. Fort de sa longue expérience, de ses capacités magiques, de son statut et de ses appuis développés par son activité, il parvint à obtenir le poste de Grand Veneur. Il se partage depuis entre la supervision, les soins et le dressage de la ménagerie du palais, et celle de son manoir, n’hésitant pas à présenter régulièrement à Satan le fruit des croisements improbables qu’il aime à y expérimenter, ou à lui ramener les plus beaux spécimens vivants de ses chasses.


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MessageSujet: Re: Lachlann Shaemnohn - Grand Veneur   Sam 15 Juil 2017 - 14:46

Hey !

Bienvenue encore !
Rien à redire sur ta fiche, elle a pu être postée en une fois c'est parfait :p
Amuse toi bien sur le forum avec ce 3e compte Smile

___________________


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Lachlann Shaemnohn - Grand Veneur

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